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«Le vrai débat c’est la constituante, la présidentielle est un faux débat»



- Vous faites campagne en faveur de la convocation d’une assemblée constituante à seulement une année de la présidentielle. Cela ne risque-t-il pas de chambouler l’agenda politique et le calendrier électoral ? Est-ce l’objectif recherché ? Le premier but recherché est de mobiliser la société autour d’un objectif majeur, à savoir la défense du pays. Car l’assemblée nationale constituante immunise le pays. Aller dans les conditions politiques, économiques et sociales actuelles vers une élection présidentielle, c’est ouvrir la voie de l’aventure. On peut entrer dans une situation complètement incontrôlable. D’abord, parce que nous voyons, partout dans le monde, les grandes puissances qui interfèrent pour imposer des présidents qui sont à leur service exclusif. Nous voyons qu’il y a une course entre différents impérialismes vers notre pays en rapport avec la présidentielle. Il est établi, de notre point de vue, que le système politique en vigueur n’est plus capable de se réformer de l’intérieur. Nous le pensions encore en 2009 et en 2010, où nous avions mené une campagne rassemblant 1,3 million de signatures pour demander au président de la République d’ordonner des réformes politiques profondes. Mais force est de constater que les réformes politiques de 2012 ont été complètement avortées par les députés de la majorité. Elles sont devenues des contre-réformes qui ont entraîné la décomposition de la pratique politique ; ce qui met en péril l’Etat. Il est en situation de danger d’effondrement à cause de la collusion terrifiante de l’argent et les affaires d’un côté, et les institutions de l’autre, à travers les partis qui détiennent artificiellement la majorité. Par conséquent, tenant compte de la double situation qui prévaut dans notre pays et des rapports de force au plan international, nous pensons que, avant de parler de la présidentielle, il faut enfin donner la parole au peuple algérien pour qu’il puisse exercer sa souveraineté. C’est au peuple de définir la nature des institutions, la nature du régime politique avec une refondation politique et institutionnelle nationale. C’est une question politique de fond. La constituante fait partie de notre histoire nationale. Depuis l’Etoile nord-africaine en 1926 en passant par le PPA. Elle était au centre du combat pour l’indépendance de l’Algérie. Mais après l’indépendance, l’assemblée constituante a été confisquée par le système du parti unique. Il s’agit de dégager les conditions politiques et institutionnelles du vivre-ensemble. - D’un point de vue concret, faut-il sauter la case de la présidentielle d’avril 2019 ? Le PT anticipe sur les événements et fait dans la prospective pour définir ses objectifs à court, moyen et long termes. Il met toujours en avant, comme condition principale, la préservation de l’intégrité et la souveraineté du pays. Nous voulons que s’exprime la volonté du peuple. L’assemblée constituante prendra le temps de rédiger une nouvelle Constitution ou de réformer l’actuelle pour dégager tous les instruments de l’exercice démocratique, pour mettre en marche une construction fiable et viable permettant au pays de traverser une situation mondiale lourde de dangers. Plongé dans le chaos chaque jour un peu plus, le monde est devenu imprévisible. Il s’agit pour nous d’immuniser le pays. Pour nous, la priorité est à la sauvegarde du pays et non pas aux élections présidentielle, législatives ou locales. De ce fait, le calendrier électoral n’est pas primordial. Notre préoccupation est comment trouver une issue à cette impasse étouffante et mortelle pour le pays. Chaque jour qui passe est porteur de davantage de complication, de décomposition politique et de régression sociale. - Donc, pour vous, le débat sur la présidentielle n’est pas prioritaire ? Pour nous, le vrai débat c’est la constituante. La présidentielle est un faux débat. Parce que s’engager dans le débat présidentiel, c’est cautionner une situation qui peut être mortelle pour notre pays. Nous refusons que notre pays sombre. - Etes-vous confiante quant à la réponse du président de la République ? Il pourrait être amené à convoquer une constituante, puisque votre lettre lui est adressée... C’est la question que nous posent souvent les citoyens, mais cela ne les empêche pas de signer. Nous rappelons à chaque fois, que par le passé, le Président l’a déjà fait à propos de la loi Chakib Khelil de 2005 sur les hydrocarbures en décidant de renationaliser en 2006. Et en 2012 au sujet des réformes politiques que nous avions réclamées à travers une campagne massive, même si elles ont été avortées par la suite, ce qui prouve d’ailleurs que le changement de système viendra du peuple, même si cela n’empêche pas le Président de prendre des décisions importantes. La politique c'est des processus. Le Président avait déclaré en 2001 que tamazight ne sera jamais constitutionnalisé deuxième langue nationale sans référendum. Pourtant, un an plus tard, il convoquait les deux Chambres du Parlement pour ce faire. Puis en 2016, malgré les résistances de certaines parties, tamazight était reconnu comme 2e langue officielle. Et, enfin, en décembre 2017, le Président ordonnait au gouvernement le parachèvement de la reconnaissance de notre amazighité, une victoire éclatante après des décennies de combat sur une question démocratique très sensible. Donc, nous expliquons aux citoyens que plus important sera le nombre de signataires, plus les chances de l’aboutissement de cette initiative seront bien plus grandes. Nous faisons confiance aux Algériennes et aux Algériens et dans leur capacité de discernement et à comprendre ce qui est en jeu dans notre pays et ce qui se joue au plan régional et international. - Parlons justement de l’Exécutif, le gouvernement pèche par l’improvisation et le cafouillage. Qui décide finalement ? En principe, c’est le président de la République qui décide et qui donne les orientations. Mais il est évident qu’il y a des responsables qui ont tenté de s’émanciper de cette contrainte, qui prennent des décisions à la hussarde. Le gouvernement semble naviguer à vue, sans boussole, parce qu’il n’y a pas d'homogénéité. Ce n’est pas un gouvernement issu d’élections libres et démocratiques avec une vraie assemblée qui contrôle son action. Il n’est pas l’émanation de la volonté populaire. Nous avons vu le Président à chaque fois intervenir pour corriger des décisions. Est-il au courant de ce qui est écrit dans le décret du 7 mars ? Je l’ignore. Il est certain que nous n’allons pas rester les bras croisés, parce que ce décret est totalement aberrant et très dangereux et tellement contradictoire avec les orientations que donne le Président sur le plan socio-économique. Cela ressemble aux situations que nous avons connues depuis le début de cette année, où des ministres en contredisent d'autres. C’est encore une fois l’expression de la crise de ce système. Il est évident que le système en place n’est plus capable de diriger le pays, plus capable de répondre aux aspirations les plus élémentaires. En bas, l’écrasante majorité est dans le rejet des politiques mises en œuvre, parce qu’elles enrichissent une infime minorité qui accapare l’argent public, les marchés publics et les biens de la collectivité nationale, tout en appauvrissant chaque jour davantage la majorité du peuple accablée par l’austérité. Nous sommes face à une «politique de classe». Elle est désormais évidente. Il apparaît clairement que les contradictions ouvertes au sommet sont une expression violente de la crise, d’un système complètement à bout de souffle et totalement périmé. Le système en place est devenu le principal danger pour le pays. - Vous doutiez que le Président soit au courant des décisions prises, telles que le décret du 7 mars. Le pays peut-il encore s’accommoder d’une situation où le chef de l’Etat est placé dans une situation où il ne serait pas au courant de ce que fait son propre gouvernement ? Depuis le début de l’année, le Président est intervenu plusieurs fois pour stopper des dérives, comme ce fut le cas pour le «partenariat public-privé», la vente des hôtels qui n’est en réalité que le bradage du secteur public qu’on a voulu livrer aux appétits voraces des copains et des coquins. Ensuite, il y a eu l’affaire des licences pour le montage des voitures des 5+5 élaborées par le Premier ministre. J’imagine qu’il y a eu d’autres cas. C’est la raison pour laquelle nous nous posons des questions. En apparence, le décret du 7 mars concerne l’encadrement du financement non conventionnel, mais en réalité, il se décline comme un programme économique et social de contre-réformes. Une bombe. A travers ce décret, c’est un séisme que l’on prépare. Une démolition du caractère social de l’Etat algérien. Même lorsque le Président était en bonne santé et en situation de se déplacer et de suivre directement les dossiers, il lui est arrivé de découvrir des aberrations et qu’il a été trompé, parce que certains responsables lui ont présenté de faux rapports et des chiffres falsifiés. - A vous écouter, le gouvernement n’appliquerait pas le programme du Président ? Certains responsables oui. Dans le programme électoral du Président pour l'élection de 2014, il n’était pas question de revenir aux privatisations, de retour à la dette extérieure, de démanteler les garde-fous introduits dans les lois de finances complémentaires de 2009 et 2010, et pourtant depuis 2015 jusqu’à aujourd’hui, à travers des lois de finances annuelles, avec la loi sur l’investissement de 2016, c’est la liquidation de la règle des 51/49, l’endettement extérieur, même si le Président l’a écarté par la suite, le bradage de la propriété collective. Les gouvernements, qui se sont succédé, ont élaboré des politiques qui n’ont rien à voir avec le programme du président de la République sur lequel il a été élu en 2014. - Vous êtes en train de décrire un pays qui n’est pas gouverné, sinon mal gouverné ? C’est un pays gouverné de manière chaotique. Le gouvernement est sans boussole. Il y a une sorte de bicéphalisme dans la prise de décision. La gestion de la grève des médecins résidents en est l’illustration. Pourquoi avoir attendu 4 longs mois pour avancer dans le règlement des problèmes de cette gestion chaotique avec les conséquences dramatiques que l’on sait sur les malades ? On ne peut plus faire du neuf avec du vieux. C’est la raison pour laquelle l’assemblée constituante est devenue une urgence politique. - Le mandat de Bouteflika entame sa dernière année, quel regard portez-vous sur cet exercice ? Pour ce qui nous concerne, il est prématuré de parler de bilan, car il peut encore corriger les dérives, par exemple, à travers une LFC 2018 et des mesures audacieuses. Nous nous sommes exprimés contre toutes les lois de finances élaborées à partir de la loi de finances complémentaire 2015. Nous les avons combattues parce qu’elles sont porteuses d’une austérité mortelle. Tout comme nous avons combattu toutes les lois régressives, dont la loi sur la retraite, et nous combattrons les projets scélérats et rétrogrades portant code de la santé et code du travail. De même que nous combattrons le détricotage des institutions et des missions de la République. Au fait, c’est le mandat d’un système finissant et qui a du mal à reprendre son souffle, car c’est une crise de système et non d’hommes. Les politiques mises en œuvre depuis fin 2014 n’ont rien avoir avec les engagements du président de la République. Et même en matière de politique étrangère, il y a un glissement. - Où se situe ce glissement ? Prenons le cas de l’agression contre le Yémen, l’Algérie a refusé de s’inscrire là-dedans, mais en même temps elle ne dénonce pas les frappes contre le Yémen qui ont causé 10 000 morts civils. Le Yémen est un pays en ruine. Mais nous étions surpris de lire le communiqué des Affaires étrangères dénonçant les missiles yéménites tombés sur l’Arabie Saoudite. Le peuple yéménite a le droit de se défendre, il subit une invasion extérieure pour que soit imposée la domination de l’Arabie Saoudite dans la région et soient préservés les intérêts américains. Cela ne ressemble pas du tout à notre politique étrangère. Encore, lorsque le ministre des Affaires religieuses déclare : «Nous n’avons pas de problème avec le wahhabisme», il y a péril en la demeure. Cela veut dire que nous n’avons pas de problème avec le terrorisme, parce que le wahhabisme est sa matrice idéologique. Ce n’est pas la position de l’Etat algérien qu’il vient d’exprimer. Il y a comme une adaptation aux orientations qui viennent d’Arabie Saoudite. De glissement en glissement. Je me demande par quoi ils nous tiennent pour qu’on en soit arrivé là ! J’ai une seule réponse. Ce sont les précarités, les fragilités internes, les atteintes aux libertés, la régression sociale, c’est l’impasse politique dans laquelle nous sommes plongés qui font qu’aujourd’hui, hélas, l’Etat algérien commence à renoncer à ce qui fonde son identité diplomatique. Le front interne dont certains se gargarisent est d’une faiblesse terrifiante. Le front interne n’est pas un slogan, ce sont les libertés démocratiques respectées, les droits sociaux protégés et renforcés, un comportement des responsables digne de notre histoire, une lutte effective contre la corruption et la prédation qui gangrènent les institutions et les politiques publiques. C’est pour ces raisons que nous considérons que l’heure est à la convocation d’une assemblée constituante nationale impliquant toutes les composantes du peuple sans exclusion, dégrippant leurs ressorts dans une dynamique nationale vers un changement pacifique démocratique.  


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