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«Les Etats-Unis sont libéraux quand ils sont en position de force et protectionnistes quand leurs intérêts économiques l’exigent»



Le dernier G7 semble brouiller les perspectives du commerce mondial. Le président américain, Donald Trump, s’est retiré précipitamment de la réunion, engageant ainsi son pays dans un nouveau bras de fer avec ses alliés politiques et commerciaux. C’est une première, alors que l’ordre commercial mondial a été fondé jusqu’ici sur des arrangements et des accords à la fois écrits et tacites entre les grosses cylindrées de la planète. Dans cette interview, Omar Berkouk, économiste et expert financier, analyse pour nous ce qui s’est produit au dernier G7 et les possibles conséquences sur le commerce mondial, les raisons de ce brusque protectionnisme américain ainsi que les tenants et aboutissants de la méthode Trump. Entretien réalisé par Ali Titouche Le dernier G7 s’est soldé par une fracture béante entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux. Donald Trump a claqué la porte, sans signer le communiqué final de la réunion. Comment expliquez-vous un tel résultat ? Pour être exact, le président américain avait donné son accord sur les termes du communiqué final avant de s’envoler pour Singapour où il devait rencontrer son homologue nord-coréen. Cette précision a son importance pour la compréhension des pas de danse que D. Trump est en train d’effectuer sur la scène internationale : - la remise en cause de la signature des USA de l’accord de Paris sur la COP 21 ; - la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien ; - la remise en cause des accords multilatéraux (OMC, NAFTA, ALENA…) en matière de commerce international. Les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump ne se soucient plus des engagements multilatéraux qu’ils ont pris dans le passé. Les notions d’alliés politiques ou commerciaux sont en train de voler en éclats avec le dogme affiché et assumé : «America first !» Après avoir vanté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale les mérites du libre-échange et de la mondialisation, l’Amérique se met à dénoncer avec brutalité ces deux principes, parce que ce n’est pas à son avantage dans certains domaines, ces doctrines pour lesquelles elle a participé à renverser des régimes politiques qui lui paraissaient hostiles à cet égard (communistes, socialistes…). L’échec du G7 de La Malbae était prévisible en dépit des efforts du président français et de la chancelière allemande pour «ramener» à la raison un président américain qui voulait tenir les promesses électorales faites à sa base. De la même manière qu’il s’était engagé à se retirer de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Accord avec l’Iran, il va dénoncer de fait si ce n’est de droit en levant des taxes douanières, les accords de libre-échange multilatéraux qui ont fait la prospérité de l’Amérique quand son industrie dominait le monde. Il souhaite engager les USA dans des négociations bilatérales avec tous les pays du monde qui se retrouveront en situation de faiblesse vis-à-vis du géant américain ! Ceci est le fond du problème. Quant au prétexte qui a présidé à la dénonciation de son accord pour le communiqué final du G7, il est dérisoire et de pure forme. Il s’agit de la conférence de presse de Justin Trudeau dont les propos n’ont pas été appréciés par Donald Trump. Et la signature de l’Accord historique qu’il vient de passer avec Kim Jong-un pour la dénucléarisation de la Zone va accréditer sa méthode brutale, fondée sur le passage en force. Le reste du monde doit savoir que l’Amérique est de retour ! Les Etats-Unis, le pays le plus libéral de la planète, s’est mis depuis peu à défendre les notions et les mesures protectionnistes sous le slogan «America first, America first». Pensez-vous que cette politique va bouleverser le commerce mondial et les rapports entre Etats ? Les Etats-Unis sont libéraux quand ils sont en position de force et protectionnistes quand leurs intérêts économiques l’exigent. L’histoire des relations économiques internationales depuis la fin de la Seconde guerre mondiale est jalonnée de périodes d’ouverture fortement impulsées par les Etats-Unis et des périodes de remise en cause de cette ouverture quand les Etats-Unis pensent que cette ouverture lèse leurs intérêts économiques. En doctrine, ils sont toujours libéraux, mais en pratique ils ont un dispositif législatif et règlementaire qu’ils brandissent chaque fois qu’ils jugent que c’est nécessaire pour la défense de leurs intérêts. Ils ont été les artisans de la mondialisation, ils l’ont théorisée et encouragée à l’échelle du globe. Cela s’est traduit par un déplacement massif des industries traditionnelles (textile, électronique, biens d’équipements, automobiles…) des Etats-Unis, de l’Europe vers la Chine maintenant vers le Sud-Est asiatique et l’Inde. Avec pour conséquences des destructions massives de capacités de production et d’emplois là et des constructions de capacités de production et d’emplois là-bas. Ce transfert a induit un mouvement de spécialisation des continents. Hautes technologies versus activités traditionnelles. Le monde semblait s’orienter vers un nouvel ordre et un nouvel équilibre économique mondial. Les ajustements se sont faits dans la «douleur» au niveau des vieilles économies et de nouveaux pays ont émergé économiquement. La Chine comme atelier du monde a contribué à la grande période de déflation mondiale que nous venons de traverser. Elle a accumulé des excédents massifs de balance commerciale et de paiements. Ceux-ci ont permis le financement des déficits jumeaux (budgétaire et commercial des Etats-Unis) avec 3000 milliards de dollars de réserves de change en partie investis en bons du Trésor américain. Ainsi, l’économie mondiale, après une période de crise et de réajustement, commençait à trouver le chemin d’un nouvel équilibre. Aujourd’hui, l’Amérique de Donald Trump n’y trouve plus son «compte». Elle voudrait relancer les activités qui n’étaient plus compétitives chez elle et qu’elle avait laissées «filer» vers les pays émergents en adoptant un système de barrières douanières sur l’acier et l’aluminium d’abord, puis les automobiles ensuite au mépris des traités qu’elle a encouragés à mettre en place et qu’elle a signés. Cet objectif repose sur la dénonciation des contrats multilatéraux dans lesquels l’Amérique se sent «corsetée» et sur la négociation de contrats bilatéraux dans laquelle elle renversera les rapports de force en sa faveur. Elle est prête pour cet objectif à malmener ses alliés historiques (l’Europe, le Japon, le Canada….). Elle finira par «jeter» ces pays dans les bras de la Nouvelle alliance économique qui se dessine autour de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai : Chine, Russie, Inde...). Elle poussera également l’Allemagne à augmenter ses dépenses militaires, car elle n’aura plus confiance dans l’engagement américain. Puisque D. Trump lui fait le reproche d’accumuler des excédents commerciaux sans trop contribuer à sa propre défense. De ce bouleversement des rapports économiques, il s’en suivra un bouleversement des alliances stratégiques ! Certains estiment que l’on s’achemine désormais vers un nouvel ordre commercial mondial. Pensez-vous que la politique américaine est susceptible de faire tache d’huile et donner du grain à moudre pour d’autres Etats ? Pour participer de cet engouement pour Antonio Gramsci, nous dirons que «l’ancien monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres». Si D. Trump poursuit son travail de sape de l’Organisation mondiale du commerce, c’est vers un désordre commercial mondial que nous nous acheminons. Pour que l’ordre mis en place depuis plusieurs décennies se maintienne ou survive, il faut que les pays qui le souhaitent s’agrègent autour d’une nouvelle puissance économique et financière ou d’un bloc ! Cela peut accélérer l’intégration européenne. La Chine peut accélérer le rôle du yuan dans les échanges commerciaux mondiaux et donner à sa monnaie un rôle plus important en correspondance avec sa puissance économique. Dans tous les cas, le protectionnisme montant n’est pas une pption pour l’ordre mondial. Quid du protectionnisme algérien ? Trouve-t-il enfin une raison d’être, alors qu’il a été maintes fois décrié par les partenaires commerciaux du pays ? S’agissant des mesures prises par l’Algérie, elles étaient et sont légitimes depuis longtemps. Même avant la crise économique et financière provoquée par la chute brutale des cours du pétrole en juillet 2014, l’Algérie se devait de relancer son économie par une diversification sectorielle indispensable à son indépendance économique. Pour ce faire, les dirigeants algériens auraient dû favoriser la renaissance de la production nationale comme l’ont fait d’autres pays dont la Chine, à l’abri d’un système fait de règles et de contingentements sélectifs. Est-ce l’ignorance ou la volonté politique de plaire à l’Europe et aux Etats-Unis que les dirigeants de notre pays se sont précipités dans des accords de libre-échange dont nous étions sûrs d’être les dindons de la farce en l'absence d’une économie forte et diversifiée capable de prendre sa part dans la division internationale du travail. Nous n’avons pas besoin du clash du G7 pour justifier ex post les mesures de sauvegarde qui ont été prises depuis 2016. Nous étions naïfs ou aveugles, la contrainte financière nous rend la vue et l’intelligence des rapports de force économiques mondiaux. Bien sûr, des pressions s’exercent et s’exerceront sur l’Algérie par ses partenaires économiques, l’Europe en général et la France en particulier qui la considèrent plus comme un «marché» que comme un interlocuteur économique sérieux. Cependant, bloquer les importations aux frontières par des droits de douane dissuasifs ou des mesures quantitatives ne fait pas une politique économique de développement et d’indépendance ! Le projet de loi de finances complémentaire 2018 lève le voile sur une taxe de 60 à 200% applicable à l’importation des produits finis. Cette taxe allait remplacer la liste des produits suspendus à l’importation, selon le ministre du Commerce. Pensez-vous que surtaxer plutôt que d’interdire est la méthode appropriée à même de réduire la facture des importations ? L’économie algérienne est tellement dépendante des importations que toutes les mesures qui ont été prises depuis 2016 n’ont réussi qu’à réduire marginalement la facture des importations. Cette situation est structurelle. Elle s’est construite durant les 20 dernières années sur l’ouverture sans discernement de l’économie nationale et la destruction de sa base de production. Sur le fond, peu importe la mesure choisie : contingentement ou barrières tarifaires, il faut favoriser le renouveau de la production nationale par la préférence nationale. Mais la dépendance de tous les secteurs (consommation, santé, production industrielle, agriculture…) à l’importation primaire ou finale plaide pour la mise en place de droits de douane exceptionnels par leur niveau et leur généralisation. Cela évitera les stop-and-go en matière de blocages et d’autorisations consécutifs au constat de pénurie de produits (médicaments, intrants...). Le prix que le pays va payer se verra dans l’inflation généralisée, la baisse des subventions, mais sa contrepartie sera la reconstitution progressive d’un tissu économique, une diversification et une réduction de la dépendance aux hydrocarbures.


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