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Chacun y va de sa méthode

Les Algérois otages de la circulation routière



Le plan adopté par le gouvernement avec la mise en circulation du métro et du tramway ne semble pas avoir un impact sensible  sur la problématique de la circulation routière à Alger.

La congestion que connaît cette dernière, toutes saisons confondues, à différents axes ne fait que compliquer le quotidien des usages de la route. Se rendre à son travail ou se déplacer pour une raison quelconque est souvent un calvaire. Selon le chiffre de la DGSN, plus d’un million et demi de véhicules affluent par jour sur Alger dont 100.000 environ entre 7 et 8 h du matin, soit une heure de pointe. Pour des mesures sécuritaires mais aussi pour alléger un tant soit peu le rush, des goulots d’étranglement sont créés aux portes de la capitale comme Réghaia et «Qahouet Chergui» à l’est, la Côte (Bir Mourad Rais) au sud et Dely Ibrahim-Ben Aknoun à l’ouest.

L’aube des damnés

El Hadi, 45 ans, habite les hauteurs de Blida. A mi-chemin entre la ville et les monts de Chréa. Pour rejoindre l’entreprise où il travaille comme comptable principal à Alger centre, il démarre à 6h du matin, parfois avant, d’abord pour éviter la mauvaise surprise d’un éventuel bouchon risquant de gâcher sa journée et puis s’assurer un stationnement à l’aise, chose qui n’est pas rien dans une capitale où les places sont chèrement négociées. «Quelle que soit la saison, raconte-t-il, je suis debout à 5h du matin. Le temps de me préparer et prendre un petit déjeuner, c’est déjà le moment de partir». Cependant, on remarque chez notre ami un peu de dépit devant cette situation qui, faut-il le dire, a son côté négatif.
Il expliquera en effet les sacrifices consentis en sortant de chez lui à une heure où tout le monde dort encore. «Si en été, dira-t-il, la chaleur de la nuit incite à se lever dès que les premiers rayons du soleil pointent, en hiver, c’est pénible de quitter son lit lorsque dehors la nature est peu hospitalière. Mes enfants, je ne les vois que le week-end. Dans la semaine, en sortant, ils sont encore dans les bras de Morphée, et le soir en rentrant, je suis tellement exténué que je ne leur accorde que le minimum de mon temps. Le stress de la circulation agit sur mois comme un assommoir. Et c’est comme cela durant toute l’année». Kamel, pour sa part, n’est pas mieux loti. Chaque jour que Dieu fait, il fait la navette Boudouaou-Alger. Du paisible quartier Helaimia où il habite dans la maison de son père, il abat quotidiennement des kilomètres de bitume jusqu’à la capitale où il est employé comme démarcheur-acheteur dans un hôtel du centre-ville. «Cela fait vingt-cinq ans que je fais ce boulot et aujourd’hui, à près de 50 ans, je suis usé. Au fait, ce n’est pas le métier qui est usant, c’est beaucoup plus la route que je fais durant toutes ces années. A l’aller comme au retour, il faut composer avec la circulation, les embouteillages et autres aléas. Même si les choses ont évolué sur le terrain et les routes mieux matérialisées, se déplacer reste encore une expédition à entreprendre. Me concernant, pour éviter d’éventuels retards, je sors de chez moi bien avant 6h du matin, ce qui veut dire que je suis sur pied dès 5h. Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il fasse chaud, c’est le même tarif. C’est le prix à payer si on veut éviter le calvaire des interminables et irritants encombrements. Sur un autre plan, on se sent quelque peu lésé par la vie. On vit moins avec sa famille, ses enfants, ses amis du quartier. Et avec le temps, on a l’impression d’être un esclave taillable et corvéable à merci. Vous vous rendez compte ce qu’est de sortir de chez vous à l’aube alors qu’il fait encore nuit et rentrer avec l’étoile du berger scintillant dans le ciel annonçant l’arrivée de la nuit. Un voisin m’a dit une fois par ironie que c’est «l’aube des damnés».

Quand ça ne roule pas, ça râle

Ceux qui n’ont pas la chance d’être motorisés auront droit quant à eux à un autre traitement, celui de dépendre du transport en commun. Qu’il soit étatique (Etusa) ou privé – qui domine le secteur – le point commun reste incontestablement l’anarchie des horaires, bien que la balance penche relativement en faveur du transporteur public. Ajouter à cela la vétusté des bus qui ne devraient pas être autorisés à circuler si le contrôle à ce titre était rigoureux. Inutile de revenir sur l’état de propreté de ces engins roulants non identifiés. Mais cela est une autre question.
Dans les deux cas, les transporteurs sont logés à la même enseigne imposée par la circulation routière. «Nos routes, dira à ce propos un transporteur assurant la ligne Douéra-Tafourah, sont dans un état catastrophique. Mon itinéraire ne se fait pas uniquement sur l’autoroute mais je traverse des communes où le goudron a disparu depuis des années. Dès que je quitte la rocade pour aller vers l’intérieur, c’est l’aventure avec les nids-de-poule et les crevasses de toutes dimensions. Au bout de quelques mois, le constat tombe comme un couperet.
Le gain de toute une année ne comblera jamais les pertes en réparations opérées durant ce temps. Beaucoup de gens pensent que nous tirons un grand profit de ce métier. La vérité est que nous sommes là parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre. Le malheur c’est qu’on continue à incriminer tout le temps les chauffeurs, les rendant à chaque fois responsables des accidents, mais on oublie parallèlement de montrer du doigt l’état des routes à l’origine d’accidents parfois mortels». Pour «Ammi Djilali, un sexagénaire au volant depuis quarante-cinq ans, les bouchons sont sa bête noire. Cela fait plus de quinze ans qu’il fait la navette Réghaia-Tafourah. Son bus, il préfère, malgré son âge, le conduire lui-même. Il vit avec les nerfs. Cette ligne, confie-t-il, est l’une des plus fatigantes de la wilaya d’Alger. Très emprunté l’axe Réghaia-Alger est constamment encombré, ce qui suscite énervement, tension, mauvais comportement des conducteurs, etc. Klaxons et sirènes retentissants ajoutent un bémol à la situation. Personnellement, je préfère travailler tôt le matin, raison expliquant mon premier voyage à 5h 30 ou encore la nuit s’il y avait des voyageurs. Jusqu’à
7 h, tout va bien, mais après, c’est l’enfer. Cela fait des années qu’on tente de nous rassurer sur la mise en œuvre d’un plan de circulation à même de soulager conducteurs et voyageurs, mais l’on se rend à l’évidence que ce n’est pas demain la veille».

500 feux tricolores, dites-vous ?

Projet grandiose, dit-on, la dotation de 500 carrefours, les plus importants de la capitale, en feux tricolores, aura bien pour objectif de réduire sensiblement le calvaire de la circulation routière. Parallèlement, la création en cours d’un centre de contrôle intelligent basé sur une technologie de pointe renseigne instantanément les automobilistes sur les éventuels bouchons ainsi que les solutions de leur évitement contribuera dans un proche avenir à réguler la fluidité de la circulation. Faut-il aussi à ce sujet que le civisme, ô combien souhaité, suive la logique. Sachant le comportement de certains automobilistes très pressés, il est à craindre de mauvaises surprises. Pour revenir à ces fameux feux tricolores dont le projet, se faisant désirer, a été confié à une société mixte algéro-espagnole, il y a lieu de s’interroger sur sa véritable efficacité tant louée par les autorités. Compte tenu de la réalité des infrastructures routières de l’algérois, l’on ne peut s’empêcher d’émettre des réticences.
Le parc roulant ayant été multiplié par cinq ou six en moins de quinze ans ne constituerait-il pas en lui-même une saturation pour bon nombre de nos axes routiers, notamment ceux permettant l’accès à l’hyper centre de la capitale ? On le disait, à titre d’exemple, que le dédoublement de la RN 24 au niveau de «Qahouet Chergui» dans la commune de Bordj El Bahri, allait définitivement venir à bout des interminables bouchons que connaît cet endroit à toute période de l’année. Concrètement, la situation n’a pas connu une amélioration digne d’être citée. Le meilleur investissement de l’Etat aura été finalement le métro et le tramway. Mais l’envergure de son efficacité est amoindrie avec son extension pour le moment réduite dans la mesure où ces moyens de transport ne couvrent que la zone Est de la capitale.
Sur un autre registre, on notera un manque d’engouement au covoiturage, moyen permettant d’alléger la tension sur le trafic routier. Abderrahmane et Salah sont voisins de palier dans une cité à Birtouta. Leur point commun est de travailler à la rue Hassiba Ben Bouali, à quelques encablures l’un de l’autre. Pour couronner la bonne entente, ils ont opté, pour se rendre à leurs lieux de travail , d’utiliser alternativement leurs voitures. «Cela dure depuis trois ans», dira l’un d’eux. Un exemple à suivre en attendant les solutions promises par les pouvoirs publics de mette fin au calvaire des Algérois otages du problème de la circulation routière.

Reportage réalisé
par Ali fares

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