De Martin Luther King à Miss Algeria



Voilà 90 ans, à Atlanta, aux Etats-Unis d’Amérique, naissait un garçon dans l’humble mais confortable maison d’un pasteur afro-américain, bien que ce qualificatif n’avait pas cours à une époque où il était admis de parler de «nègres».

C’était le 15 janvier 1929 et, aujourd’hui, chaque troisième lundi de janvier, on commémore aux USA le Martin Luther King Day’s, jour férié fédéral en hommage à cet homme devenu une icône de l’Amérique et du monde.

Très jeune, il découvre le racisme que des adultes blancs inoculent aux enfants. Il étudie dans des institutions scolaires de sa communauté avant d’obtenir en 1955 un doctorat en théologie à l’Université de Boston qui, sur le modèle de son père, le mène à exercer en tant que pasteur à Montgomery, Alabama.

L’esclavagisme a disparu, mais il demeure fortement présent dans les esprits, nourri au quotidien par d’innombrables ségrégations qui inspireront le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud.

C’est un temps particulièrement dur pour les Noirs aux Etats-Unis, où leurs aspirations à l’égalité dans un pays qui se proclame «le bastion du monde libre» révulsent certains milieux nostalgiques et entraîne des violences terribles.

L’année 1955 est symptomatique avec le meurtre en juillet, parmi d’autres, du jeune adolescent, Emmett Till, au Mississipi et l’arrestation en décembre de Rosa Parks (1913-2005) qui a refusé de céder sa place à un homme blanc dans un bus de Montgomery.

Le symbole fera déborder le vase des ressentiments envers des actes qui relèvent du moyen-âge quand l’Amérique prépare le lancement, deux ans plus tard, de son premier engin spatial.

Le boycott des transports publics de Montgomery voit Martin Luther King s’engager fortement et connaître une arrestation, une agression physique et l’explosion d’une bombe incendiaire dans sa maison.

Après plus d’une année, la Cour suprême donne raison aux insurgés pacifiques en déclarant illégales les ségrégations raciales dans les lieux publics, les écoles, les transports… Mais du verdict à la réalité, le chemin est long.

Prix Nobel

De là se déploiera l’action de MLK qui s’inspire de son attrait juvénile pour le socialisme mais surtout de son admiration pour la non-violence du Mahatma Ghandi.

Son aura et son éloquence le placent au cœur du leadership du Mouvement pour les droits civiques qui culmine avec la marche nationale sur Washington où il prononce, le 28 août 1963, son discours-culte, «I have a dream» (J’ai fait un rêve) devant le Lincoln Memorial.

Une année plus tard, il devient le plus jeune Prix Nobel de la Paix (35 ans) tandis que des revendications du mouvement entrent dans les nouvelles lois sur les Droits civils et les Droits de vote.

Mais, alors qu’il étend sa lutte contre la pauvreté et la guerre au Vietnam, Martin Luther King est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis par un repris de justice engagé dans une conspiration plus que probable mais jamais prouvée.

Il est certain que le combat de Martin Luther King, comme celui d’autres leaders noirs et de militants blancs antiracistes, a amélioré la situation des minorités dites de couleur.

Il reste que le démon du racisme continue à sévir aux USA. Ces dernières années, la série de «bavures policières» contre des Noirs, suivies d’émeutes, a défrayé la chronique comme en témoigne l’exemple de la ville de Fergusson où un policier a abattu un adolescent non armé.

Au point que Barack Obama, premier président noir du pays, ait déclaré alors qu’il était en exercice et que certains lui reprochaient de ne pas assez agir en la matière : «Il nous suffit d’ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos cœurs pour savoir que l’ombre de l’histoire raciale de ce pays plane toujours sur nous.»

Cette histoire est celle d’un horrible et persistant sommet de la bêtise humaine qui plane toujours aux Etats-Unis où l’élection d’un Président, soutenu par les suprématistes blancs, a accru les dangers. Il plane aussi dans le monde.

Début 2017, grâce à son ADN bien préservé, le visage de l’ancêtre des Britanniques dont le squelette remonte à 10 000 ans, a été reconstitué en 3D par le Musée d’histoire naturelle de Londres.

Et, surprise, il s’est avéré qu’il était noir de peau, confirmant ce que l’on pensait déjà, à savoir que les pigmentations plus claires ne sont apparues qu’avec de moindres expositions à l’ensoleillement et l’invention de l’agriculture amenant de nouveaux types d’alimentation moins riches en vitamine D.

On est toujours plus noir ou plus blanc qu’un autre… Aussi, la coïncidence du 90e anniversaire de la naissance de Martin Luther King avec le déferlement raciste sur le sacre de Miss Algérie 2019 ne pouvait que nous interpeller.

Déjà, nous avions eu à déplorer ces dernières années des comportements à caractère raciste. Mais, comme ils concernaient des migrants subsahariens, insultés voire agressés, ils avaient été souvent assimilés à des formes de xénophobie. En quelque sorte, on pouvait croire, ou faire croire, que c’était l’étranger qui était d’abord visé et non une couleur de peau particulière.

Avec ce lamentable épisode d’une Algérienne qui se voit outragée au prétexte qu’elle serait noire quand elle n’est que splendide, on doit désormais s’inquiéter plus sérieusement de la présence dans notre pays d’opinions racistes, si l’on peut parler d’opinion à propos de ce mélange nauséabond de haine et d’imbécillité.

Bien entendu, il faut, a contrario, relever que le phénomène a ses limites et que la société algérienne conserve quelques antidotes. Pour les migrants, on a pu par exemple constater de nombreux actes de compassion et de solidarité à leur égard.

Et, pareillement, pour notre belle et sympathique compatriote d’Adrar, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les attaques pitoyables à son encontre. Non, l’Algérie n’est pas l’Amérique de Martin Luther King ni celle de Trump.

De plus, il est certain que l’anonymat des réseaux dits sociaux privilégie et amplifie les bas instincts. Mais, si l’on ignore l’ampleur de ce racisme, et donc ce qu’il peut représenter quantitativement, il est trop grave et dangereux pour le sous-estimer. En effet, il n’offense pas seulement une jeune fille qui avait fait le rêve de représenter son pays, mais aussi des valeurs censées fonder le roman national.

Dans cette Algérie qui proclame sa foi musulmane avec ardeur, que fait-on de Bilal l’Abyssin, le premier muezzin de l’Islam ?

Dans cette Algérie qui se montre fière de sa guerre d’indépendance et de l’extraordinaire solidarité internationale qui l’a accompagnée, que fait-on du Martiniquais Frantz Fanon ?

Et que faire donc de la découverte récente près de Aïn Lahnech (Sétif) d’outils en pierre taillée vieux de 2,4 millions d’années qui positionnent la terre algérienne comme un berceau de l’humanité ?

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Il est d’ailleurs remarquable que les attaques contre Miss Algérie 2019 suivent de près la promotion de cette découverte scientifique majeure, nous permettant de mesurer non pas les écarts de temps, qui sont évidents, mais la distorsion des images opposées que peut donner notre pays à seulement quelques semaines d’intervalle, intra comme extra-muros.

C’est là une expression des contradictions qui animent notre société comme de l’incapacité des pouvoirs publics, sans doute depuis l’indépendance, à favoriser une harmonie apaisée du champ socio-culturel et à générer une véritable stratégie de communication nationale et internationale.

Plus complexes et inquiétantes, certaines lectures géostratégiques intègrent l’épisode de Miss Algérie dans une batterie d’encouragements à la division sur des critères divers (religieux, historiques, régionaux, pseudo-ethniques…) en vue d’une partition du pays sur le modèle soudanais.

Cette approche qui peut paraître «complotiste» signifierait que les manifestations à caractère raciste relèveraient davantage de manipulations internationales que la nébuleuse d’internet permettrait de couvrir en les présentant comme des expressions locales.

Mais l’histoire a prouvé que l’on ne manipule que ce qui est manipulable. Le mal est là et, quelle que soit sa taille, il ne faut surtout pas mésestimer sa capacité à s’étendre, notamment dans une période de crise économique où, nous le savons par l’histoire, les aventures les plus nocives peuvent prendre des allures pandémiques.

Khadidja Benhamou, incarnation de notre diversité nationale, a montré qu’elle avait du répondant en infligeant sa douce sérénité à la face des internautes cachés qui devraient, eux, afficher leur appartenance à la race aryenne.

S’il est certain qu’il faut œuvrer au plan socioculturel et dans l’Education notamment, il appartient aussi à l’Etat de sévir contre des comportements inadmissibles et d’afficher clairement et fermement son point de vue en référence à la Constitution qui bannit, parmi d’autres, toute distinction de race.

La moindre des choses serait que Miss Algérie soit reçue par un membre du gouvernement, lequel devrait financer sa participation au concours de Miss Univers. Cela ne coûterait pas autant qu’une sortie de l’EN de football où figure heureusement toute la diversité physique des Algériens.

Et si l’on a besoin d’un symbole, tenez. Il existe dans le monde, hors Etats-Unis, plus d’un millier de rues et avenues ainsi que des centaines d’établissements scolaires et universitaires au nom de Martin Luther King.

Pourquoi pas en Algérie, à l’occasion de son 90e anniversaire de naissance ? J’ai fait un rêve. C’était Khadidja d’Adrar qui dévoilait la plaque.


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