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Loi du talion

arme légitime du pouvoir, moyen de lutte criminalisé pour le peuple



Par Mesloub Khider – «Je prends des coups. Je peux en donner aussi», a professé crânement Edouard Philippe dans une interview au Journal du Dimanche, le 23 décembre dernier. Ainsi, le premier magistrat du gouvernement français, Premier ministre de son état, est un fervent adepte de la loi du talion. Par sa déclaration tonitruante, torturante, tuante, il légitime la violence, justifie la légitime défense.

Aussi, selon Edouard Philippe, quand on reçoit des coups, il faut savoir rendre des coups. C’est même un devoir, pour la personne attaquée, de répliquer. Voilà une maxime que le mouvement des Gilets jaunes n’aura pas manqué, à son corps défendant, d’adopter dans son combat contre le pouvoir. Notamment, le frère d’armes d’Edouard Philippe, l’ancien boxeur professionnel Christophe Dettinger. Ces deux boxeurs partagent les mêmes idéaux en matière de combat. Le pugilat politique est indispensable à la fortification du corps doctrinal engagé dans la lutte.

Une philosophie politique en phase avec la réalité insurrectionnelle actuelle.

A l’évidence, selon le cogneur ministériel Edouard Philippe, disciple de la force brute, la vie ressemble à un ring de boxe : tous les coups sont permis. Gare à celui qui baisse la garde. Il offre aussitôt à l’adversaire l’avantage de vaincre. Ne dit-on pas que l’attaque est la meilleure défense ? D’aucuns enseignent que la violence est l’accoucheuse de l’histoire. Que l’histoire a toujours été une histoire de lutte de classes. Historiquement, aux moments convulsifs de la Révolution française, en 1793, dans la constitution de l’An I, n’a-t-on pas institué le droit à l’insurrection contre la tyrannie du pouvoir comme principe intangible accordé au peuple martyrisé.

«Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs», stipulait le texte de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1793.

Aujourd’hui, le peuple laborieux de France est socialement et économiquement attaqué dans son existence, bafoué dans sa dignité. En butte à une violente remise en cause de ses acquis sociaux, le peuple a été acculé au soulèvement. Pour se défendre contre la dégradation effroyable de ses conditions de vie, il s’est résolu à se révolter. Initialement, pacifiquement, il a occupé les ronds-points pour bloquer les axes routiers aux fins de paralyser l’économie. Après plusieurs semaines d’absence de satisfaction de leurs revendications, pour étendre leur combat, les Gilets jaunes ont décidé de porter la lutte au centre du pouvoir décisionnel. Pour faire entendre leurs revendications populaires, les Gilets jaunes ont décidé de manifester sur la plus belle artère du monde, les Champs Elysées. Cette artère irriguée par la sueur des travailleurs réduits à vivre dans la misère par la grâce de l’insatiable bourgeoisie, exclusive détentrice des richesses dépensées somptuairement sur cette même avenue élyséenne d’ordinaire inaccessible au peuple impécunieux.

Le peuple jaune, soutenu par quatre-cinquièmes de la population, a voulu être entendu par le Palais de l’Elysée. L’accueil a été courtoisement organisé par les frères d’armes d’Edouard Philippe : le peuple jaune a été encerclé par une armada de robocops. En guise d’offrandes, le peuple jaune a eu droit de goûter aux délicieux coups de matraque, aux joyeuses grenades lacrymogènes, aux fortifiants flashballs et autres friandises répressives invalidantes. Certains membres du peuple jaune plus combatifs, appliquant à la lettre la devise du Premier ministre, adepte de la loi du talion, ont décidé de rendre coup pour coup, par légitime défense. Pour se défendre contre la violence du pouvoir, le peuple jaune a répliqué contre ce pouvoir de la violence.

Néanmoins, à suivre la logique de classe des dirigeants du pouvoir macronien, ces voyous cravatés, comme au temps de l’esclavage, le peuple doit subir la répression sans devoir réagir légitimement contre les brutalités policières, sans avoir aucune légitimité de se défendre. De fait, la classe dirigeante française, cynique, refuse au peuple non seulement son droit de manifester sans subir préalablement les fouilles et arrestations préventives, mais lui inflige de terribles répressions s’il trace librement son itinéraire de manifestation. La démocratie de la matraque est l’arme de la démocratie.

Aujourd’hui, Macron a les mains souillées de sang. Il est devenu le chef d’état-major des assassins en uniforme. Aucun président de la Ve République ne peut s’enorgueillir d’être responsable de tels massacres (excepté le début de la présidence de De Gaulle durant la Guerre de Libération de l’Algérie). En quelques semaines, plus d’une dizaine de morts, des centaines de manifestants blessés, certains gravement estropiés. Des milliers d’arrestations, des centaines de personnes condamnées, certaines à des peines d’emprisonnement ferme. Tout cela, avec l’approbation de la majorité de la classe dirigeante bourgeoise et de la secte officielle journalistique.

Un philosophe, apologétique de l’assassinat de masse, résume la pensée de la classe bourgeoise décadente française contemporaine : Luc Ferry. Dans un condensé d’une pensée faisandée et pestilentielle, il a résumé le degré de décrépitude morale d’une classe dirigeante française en putréfaction : «On ne donne pas les moyens aux policiers de mettre fin aux violences. Quand on voit des types qui tabassent à coups de pieds un malheureux policier… qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit !» «Il y a un moment où ces espèces de nervis d’extrême droite ou d’extrême gauche ou des quartiers qui viennent tabasser des policiers ça suffit !», «on a, je crois, la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies, faut dire les choses comme elles sont», assène notre philosophe assassin, ancien ministre de l’Education.

Décidément, en France la philosophie sert à faire la guerre. La sagesse est au bout du fusil. La philosophie est la servante de la polémologie. Elle est au service du capital. De l’impérialisme. De la finance internationale. De l’armée massacreuse. De la police tueuse. Du gouvernement criminel. De l’Etat terroriste social. Nous avions Bernard Henry Lévy, l’inénarrable philosophe de la destruction systématique des pays souverains, nous avons maintenant Luc Ferry, le philosophe du génocide du peuple libre.

Le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a surenchéri dans la même rhétorique belliqueuse en déclarant : «On est prêts à participer à l’effort de guerre.» Voilà, le mot est lâché : la bourgeoisie française est en guerre contre son peuple, contre la classe laborieuse révoltée.

De toute évidence, pour discréditer et neutraliser la lutte insurrectionnelle du mouvement des Gilets jaunes, le pouvoir macronien a employé tous les moyens : la manipulation médiatique, les arrestations préventives, la répression tous azimuts, l’utilisation de casseurs assermentés. Et essentiellement, la mise sous les projecteurs des prétendues violences. Pour mieux occulter la vraie source de toutes les violences : la violence sociale patronale et gouvernementale infligée aux millions de travailleurs par leur paupérisation massive, appuyée par la violence répressive étatique.

En effet, les médias se gardent bien d’épiloguer sur ces violences patronales et gouvernementales, sur la violence des mesures antisociales (des millions de personnes réduites à l’indigence pour cause de chômage, d’exclusion sociale, de retraite misérable, de salaires faméliques, d’isolement familial notamment pour les femmes seules avec enfants, etc.). De même, l’ensemble des médias et de la classe dirigeante s’indigne des quelques vitrines brisées ou matériels brûlés, mais n’exprime jamais d’indignation devant la vie de millions de travailleurs brisée par la misère, brûlée socialement dans la fleur de l’âge.

Aujourd’hui, les casseurs de la santé publique, des transports publics, de l’enseignement public, des services publics, du code du travail, des emplois, des entreprises, des conditions de vie de milliards d’êtres humains, de l’existence de millions de personnes appauvris par les guerres, ne sont pas les Gilets jaunes, mais l’ensemble de la classe capitaliste mondiale.

Les destructions systématiques perpétrées par l’ordre capitaliste et son Etat impérialiste sont incommensurables comparées aux dégâts accidentels provoqués par les quelques individus excités isolés lors des manifestations. L’ordre capitaliste se livre quotidiennement dans le monde entier à la démolition d’usines encore performantes, réduit à la famine des centaines de millions d’êtres humains, bombarde fréquemment des pays souverains sous des prétextes fallacieux, comme il l’a fait en Irak, en Libye, en Syrie, et dans de nombreux pays d’Afrique.

Si la violence des manifestants est conjoncturelle, résiduelle, souvent légitime notamment face à la répression des forces de l’ordre surarmées, la violence de l’ordre capitaliste est, quant à elle, structurelle, consubstantiellement liée au système de production dominant. La violence patronale et étatique est légalisée. Elle s’exerce en toute impunité, soutenue par une justice de classe inféodée à la puissance de l’argent, à la mafia de la finance et de la politique.

De même le vol, selon qu’il est commis par un citoyen ou l’Etat, est répréhensible ou légitimé. Ainsi, en 2007-2008, lors de la crise des subprimes, avec l’approbation et l’appui de toutes organisations politiques et syndicales, les Etats ont dévalisé les fonds publics pour renflouer les trésoreries des banques et trusts privés. Ce plan de sauvetage des banques et entreprises privées a coûté des milliards au contribuable. Il s’est agi d’un véritable hold-up perpétré par les Etats voyous «démocratiques» au profit des capitalistes menacés de faillite. Jamais un tel plan de sauvetage n’a été réalisé pour venir en aide aux travailleurs en détresse, aux millions d’êtres humains affamés.

Aujourd’hui, la classe dirigeante regrette le temps béni où les «mouvements sociaux», organisés par la mafia syndicale et politique, respectaient les règles de la société bourgeoise, les normes de la bienséance politique de classe. Chaque manifestation était scrupuleusement déclarée à la préfecture, à l’employeur. Chaque manifestation était encadrée par les services d’ordre syndicaux, alliés fidèles de la police étatique, pour se charger du bon déroulement de la «protestation républicaine», de la grève respectueuse de la démocratie bourgeoise. Le respect de l’ordre établi était à tel point scrupuleusement observé par les organisations syndicales et politiques que les classes dirigeantes étaient informées préalablement de la décision du lancement de la grève, du jour de la manifestation, de son lieu de déroulement.

Ces cérémonials syndicaux avaient un parfum de carnaval du Brésil, avec des déhanchements revendicatifs dénudés garantis, sans oublier les sempiternels cris de guerre emplis de virilité lancés contre le pouvoir apeuré, sous les confettis et banderoles ludiques et festifs. Au cours de ces processions liturgiques menées sous la direction de la papauté syndicale respectueuse du «saint capital», il n’était jamais question de remettre en cause la sacrosainte propriété privée des moyens de production. Pas question d’appeler à l’extension de la grève à tous les secteurs d’activité, de convoquer des assemblées générales. Pas question de proférer des blasphèmes contre le dieu Capital, de remettre en cause la déité du capitalisme, encore moins de déclarer sa mort pour cause de son fanatisme meurtrier.

Le respect des institutions bourgeoises, dans l’abnégation et l’adoration, voilà la messe quotidienne à laquelle invitent toutes les organisations syndicales et politiques traditionnelles. L’union sacrée des classes, voilà le programme de ces organisations. Le pacifisme politique, voilà le modèle de rapports de soumission prônés par ces organisations. Ce pacifisme est bien sûr à sens unique. Seul le peuple est invité à cultiver la politique pacifiste, autrement dit la mise en sommeil de sa combativité populaire.

Ces organisations sont totalement impuissantes à faire reculer le capital.

Or, l’expérience glorieuse récente du mouvement des Gilets jaunes est venue perturber cet agencement politicien classique. Elle vient nous prouver que seule la lutte vigoureuse peut renverser le rapport de force, faire trembler sur ses bases le pouvoir. Et toute la classe dirigeante est désormais désarçonnée par ce réveil du peuple séditieux. Décontenancée par la remise en cause de son pouvoir. Effrayée par la perspective de la perte de sa domination exigée par le peuple révolté.

Grâce à sa détermination, sa volonté d’ignorer les règles bourgeoises, sa fermeté d’occuper et de bloquer les lieux stratégiques économiques, à son souverain mépris de toute négociation politique avec le pouvoir, le mouvement des Gilets jaunes a rompu avec le légalisme politique, le pacifisme social. Et applique à sa manière la devise d’Edouard Philippe : œil pour œil, dent pour dent.

Même si la justice de classe vient à la rescousse du pouvoir établi macronien pour condamner pour l’exemple de nombreux Gilets jaunes, rien n’arrête l’insurrection en cours. Le pugilat politique est la poigne de fer du peuple ganté d’un programme de combat inébranlable. La scène politique est devenue un immense ring de combat. Les mises en scène théâtrales, politiques, sont révolues. La comédie politique a laissé place au drame social, à la tragédie révolutionnaire.

M. K.


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