LA RÉVOLUTION ALGÉRIENNE DU PREMIER NOVEMBRE 1954, CE QU'IL FAUT SAVOIR DE BOUALEM BENHAMOUDA

Le voeu du colonel Bougara exaucé



«En accomplissant ce devoir - écrire un livre sur cette grandiose Révolution du 1er Novembre 1954 - je sentais que je m'acquittais d'abord d'une dette morale vis-à-vis du chahid, le valeureux Colonel Ahmed Bougara (dit si M'hamed) qui m'a invité, lors de sa visite d'inspection dans la région de Cherchell, en janvier 1957, à écrire un livre sur la Révolution alors qu'il ne savait pas qui serait le survivant.» Docteur Boualem Benhamouda

N'était-ce pas une prémonition du Colonel Si M'hamed, cette recommandation au moudjahid
Si Boualem, en 1957, quelque part dans les monts de Marceau (Menaceur)? Franchement, il ne pensait pas si bien dire, car ce livre auquel il avait pensé s'est effectivement avéré...
C'est pour cela, qu'en ce jeudi 12 juillet, le Musée du Moudjahid, dans Maqam ec-Chahid, était bondé, surtout de vétérans de la lutte de Libération nationale qui sont venus nombreux rencontrer celui qui a été leur ministre, il y a bien longtemps, quand certaines valeurs, dont le respect et la reconnaissance, avaient encore droit de cité dans notre pays. Ils sont venus de partout, pour assister à la présentation de l'ouvrage de Si Boualem sur la Révolution, fruit d'un parcours laborieux, fait de recherches et d'analyses objectives, un vrai travail scientifique, disons académique, où il était nécessaire, selon l'auteur, «de faire connaître le vrai visage de la Révolution algérienne, ses motivations, ses idées, ses buts, son organisation, ses actions politiques, militaires et diplomatiques, ses difficultés et ses efforts pour atteindre les objectifs tracés». En effet, un ouvrage plus que didactique, puisque l'auteur, en intellectuel conscient et en politique averti, ne s'est pas contenté, comme plusieurs qui ont fait des tentatives dans ce créneau, de se lancer dans une autobiographie, se limitant à des événements donnés, dans une région donnée - ce n'est pas du tout un reproche si c'était le cas, loin s'en faut -, mais il s'est exposé résolument au dur travail d'information d'une jeunesse avide de connaître son passé, d'où le titre révélateur de cette nouvelle parution: «La Révolution algérienne, du Premier Novembre 1954... Ce qu'il faut savoir.»
Tous ces vaillants moudjahidine, heureux de se retrouver en frères, en militants, et surtout en compagnons de lutte, sont venus également pour assister à cette autre cérémonie qui fait encore une fois l'auteur récipiendaire d'un autre ordre de mérite, en lui octroyant une médaille fort symbolique, en hommage à sa participation effective et combien positive tout au long de sa carrière militante.
Ainsi, l'on sentait en ce jour du mois de juillet 2012, une certaine intimité dans ce lieu mythique de la capitale..., une intimité qui se dégageait des propos sincères de ceux qui sont venus, de partout, rencontrer celui qui les a aimés et aidés - parce qu'il était tout près d'eux - et lui dire combien ils étaient heureux de le célébrer, dans la solennité de cette mémorable rencontre du souvenir, tant il leur est cher de par ses qualités d'Homme et ses valeurs d'authentique moudjahid. Ce qui montre que leur respect pour lui, seul mobile moral, est un tribut qu'ils ne peuvent refuser au mérite? (1)

Docteur Benhamouda..., un parcours militant
Le Dr Boualem Benhamouda est un nom bien connu dans les sphères du pouvoir. Mais, que peut-il signifier pour les autres, ceux qui s'intéressent, peu ou prou, à la vie politique du pays? Eh bien, un ministre pour d'aucuns, pas plus..., un ministre qui a «bourlingué» dans plusieurs secteurs de 1965 à 1986, plus de vingt ans de gouvernement, et qui devient Secrétaire général du FLN jusqu'en l'an 2001... Voilà ce que peut valoir le Dr Benhamouda pour ces gens, dans le «show-polit» du pays, une expression que j'ose inventer pour les besoins de la rédaction.
Mais en réalité, il faut voir autrement ce personnage qui, dans l'esprit de certains, pourrait figurer dans la liste des responsables ombrageux et égoïstes, tant l'anathème fait son petit bonhomme de chemin pour devenir une pratique courante, dans notre société. Oui, il faut voir autrement Boualem Benhamouda, celui qui, depuis son enfance, rompu à une éducation morale digne de ce nom, ne s'est jamais permis, une fois adulte, d'avoir, comme plusieurs hommes politiques, «certains comportements» par lesquels il aurait changé son image dans son rôle de représentant de l'Etat. Et ainsi, pour ceux qui le connaissent bien et qui l'apprécient - et ils sont nombreux - il n'est ni introverti ni orgueilleux, il est généreux, attentif à l'égard de tous les problèmes, de même qu'il est à cheval - peut-être un peu trop - sur les principes et le devoir. Revisitons son passé pour mieux le connaître. C'est la seule façon de ressentir cet Homme aux qualités exceptionnelles.
Si Boualem, comme il est communément appelé dans son entourage, a été moudjahid aux premières heures de la guerre de Libération nationale. Il n'a pas hésité à l'appel de la patrie, à interrompre ses études - il terminait une licence de droit à l'Université d'Alger - pour rejoindre le maquis en 1956, en Wilaya IV. Ainsi, après avoir participé à la grève des étudiants, pendant qu'il était membre de l'Ugema, il prend la décision d'aller, auprès de ses frères les paysans et travailleurs, combattre le colonialisme qui ne comprenait pas encore les motivations de notre peuple qui s'est engagé dans la bataille du destin. Gravement blessé en plein accrochage dans les massifs du Dahra en Zone 3, Wilaya IV, il est arrêté et écroué jusqu'à l'Indépendance dans l'un des plus grands centres militaires des internés (CMI), le célèbre et non moins sinistre «Camp Morand» de Boghari (Ksar-el-Boukhari). Benhamouda devait subir les pires brimades et les abominables exactions dans ce camp qui personnifiait l'«enfer sur terre».
Capitaine à l'état-major de la Wilaya IV en 1962 aux côtés du colonel Hassan, il est député d'El Asnam à l'Assemblée constituante, puis à l'Assemblée nationale. Il est membre de la Commission parlementaire des anciens moudjahidine puis de celle de l'éducation nationale. Il préside la commission d'orientation du FLN de 1962 à 1965. Peu après cela, il décide de reprendre ses études qu'il a interrompues pour faire son devoir de patriote. Il aura sa licence et, poursuivant son assiduité, il sera titulaire d'un doctorat d'Etat en Droit.
Dans le gouvernement, il est ministre des Moudjahidine au sein de la première équipe constituée par Boumediene le 10 juillet 1965. Ensuite, il est successivement ministre de la Justice de 1970 à 1977, ministre des Travaux publics de 1977 à 1980, ministre de l'Intérieur de 1980 à 1982, enfin ministre des Finances de 1982 à 1986. De là, il est nommé, en tant que membre du Bureau politique du FLN, directeur de l'Institut national des études de stratégie globale (Inesg) le 13 janvier 1986. Bien avant cette haute responsabilité, il a dirigé la Commission de l'information, de la culture et de la formation au sein du parti.
Il est Secrétaire général du FLN de 1996 à 2001. Dans cette importante responsabilité et au vu des problèmes que connaissait le pays au cours de cette pénible décennie, Si Boualem a adopté une politique de sagesse dans toutes ses actions, parce qu'il n'était pas question d'en rajouter dans ces moments difficiles, tout en tentant de ramener le parti du FLN à sa place naturelle au sein du pouvoir. Et, depuis sa fin de mission en tant que Secrétaire général du FLN, il milite au sein de son Comité central dont il est membre, tout en restant ce personnage influent et respecté dans les structures et instances de son parti, pour toutes ses qualités et ses perceptions de rassembleur.
Ainsi, après avoir présenté ce qu'on peut appeler un «CV» de cette taille, depuis le maquis et ses graves blessures au combat, son internement dans ce tristement célèbre «Camp Morand», ses tentatives de médiations, peu après le cessez-le-feu, au cours de cette phase extrêmement dangereuse créée par des conflits de «Chefs», son rôle déterminant au sein de la Constituante et du Congrès du FLN d'avril 64, sa gestion concrète de cinq (5) ministères dont trois (3) de souveraineté, dans plusieurs gouvernements, ses autres éminentes responsabilités et enfin, sa gestion du parti du FLN en tant que Secrétaire général, peut-on dire que Benhamouda a eu, un jour, cette velléité de s'adonner, une fois en retrait, à ces grandes affaires qui pouvaient lui rapporter des bénéfices substantiels? Oh que non! Sur un autre chapitre et, contrairement à certains de ses pairs, il n'a jamais été partisan d'une quelconque manoeuvre politicienne.

Un sérieux ouvrage pour participer à l'écriture de l'Histoire
Mais que fait-il donc depuis sa retraite, et principalement depuis 2001, après avoir quitté le Secrétariat général du parti du FLN? Si Boualem ne sait faire que deux choses qui transparaissent à travers ses lubies: continuer humblement à militer pour le bien du pays et... écrire. Il écrit beaucoup, comme tous ceux qui font bon usage de leur temps. Il s'est investi dans ce domaine, en suivant son tempérament et sa formation d'intellectuel car, en plus de son doctorat en droit, il est titulaire d'un diplôme supérieur en linguistique; cela nous fait dire qu'il va allègrement sur la voie de ses parents. Son oncle, Ahmed Benhamouda, le professeur agrégé d'arabe, spécialiste en grammaire et en astronomie, est un célèbre auteur de plusieurs ouvrages en ces matières. Il a écrit pour les générations futures «Les étoiles et les constellations», «Les noms arabes des étoiles», «L'autruche dans la poésie de Du-l-Rumma», «l'Iran, histoire mythique» et «Morphologie et syntaxe de la langue arabe» qui sont quelques titres de grande valeur parmi tant d'autres qui témoignent de la volonté et du sérieux de cet oncle qui a donné le meilleur de son temps à l'étude et à la production. Le Dr Boualem Benhamouda quant à lui, réunit à son actif plusieurs ouvrages qui ont du caractère dont «Les clés de la langue arabe», «L'origine exacte de certains mots espagnols», «Al moumarassa ad-dimoqratia li-assoulta. bayn an-nadhariyya wa at-tatbiq» (L'exercice de la démocratie entre la théorie et la pratique), «El Miftah», dictionnaire français-arabe, de très haute facture, et ce dernier, qui vient d'être présenté officiellement au Musée du moudjahid, et qui a été édité à cette occasion du 50e anniversaire, intitulé «La Révolution algérienne, du Premier Novembre 1954... Ce qu'il faut savoir».
Avec ce parcours politique et cette carrière, on ne peut plus remplie et convaincante, pourrions-nous ne pas apprécier, à sa juste valeur, la mémorable journée du 12 juillet où ses compagnons d'armes représentés par leur ministre et entourés de hauts dignitaires de la lutte de Libération nationale, étaient là pour rendre hommage à un des leurs qui a été et demeure un modèle d'honnêteté, de probité, de droiture et, on ne le dira pas assez..., de dignité? Dr Djamel Yahiaoui, directeur du Centre national de recherche sur le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954, disait dans sa présentation du moudjahid Boualem Benhamouda, qu'il demeure un exemple de militantisme et un exemple dans la gestion des institutions de l'Etat. Concernant la parution de cet ouvrage, le même modérateur dira en s'adressant à l'auteur: «On dit généralement que ceux qui font l'Histoire, ne l'écrivent pas. Mais vous, frère Si Boualem, vous venez de démontrer le contraire, en balayant d'un revers de main cette assertion..., et votre ouvrage, de très haute facture, en est la preuve...»
En effet, dirions-nous pour notre part, un ouvrage remarquable, tant dans sa forme que dans son fond. Notre aîné Dr Boualem Benhamouda, en auteur appliqué, nous fait partager, de façon militante, des moments d'Histoire très importants, en sachant éviter toutes formes de déballage qui n'auraient pas manqué de rabaisser la portée des faits historiques qui nous sont restitués. Oui, il n'a pas eu cette attitude rombière pour privilégier les confessions outrancières qui, au demeurant, n'intéressent pas la jeunesse qui veut vivre, de même que les véritables patriotes qui veulent avancer. Alors, franchement, nous n'aurons donc pas à gloser sur un travail qui a véritablement su aller contre l'obsolète écriture de l'Histoire. Voilà que la clarté du propos, la richesse des notes et du style, la rigueur méthodologique déployée, tout au long de ce travail, ne sont que quelques-unes des qualités de cette oeuvre qu'il ne faut pas hésiter à qualifier de capitale. Ainsi, le don de soi, chez Si Boualem, est une de ses valeurs intrinsèques. Il en a d'autres, bien sûr, mais cette dernière reste une preuve incontestable de ce qu'il a pu donner au pays, depuis sa prime jeunesse jusqu'à sa retraite, si tant est que l'on puisse parler de retraite dans son cas. En effet, puisqu'il ne s'arrête jamais, et il continue à être utile aux jeunes qu'il veut informer, au pays auquel il laisse un trésor inestimable d'écrits qui sont d'ores et déjà des points de repères et des sujets d'études et de référence.
Mais ne suis-je pas en train de rédiger un dithyrambe au profit de Si Boualem? Non, vraiment! Car, celui à qui je rends hommage n'a pas besoin de cette littérature pour avoir un regain de confiance envers lui-même. Ce n'est, je le répète, qu'une juste reconnaissance pour celui qui n'a vécu, et qui ne vit que pour l'intérêt suprême de son pays... Je le fais de gaieté de coeur, spontanément, comme à l'accoutumée. Car, quand bien même n'aurais-je pas rédigé ce papier, n'y aurait-il vraiment pas quelqu'un, un jour, qui oserait dire concernant cet humble et sage père de famille qui, en plus des trois critères fondamentaux qui nous animaient un certain temps «La compétence, l'intégrité et l'engagement», en possède d'autres: l'éducation qui est à la base de tout et qui se perd aujourd'hui, l'honnêteté qui est une qualité fondamentale mais qui se fait rare en ces temps de rapine et de course vers le gain illicite, la fidélité aux principes de Novembre dont on commence à oublier les plus importants, et enfin la sincérité, cette ouverture de coeur qu'on trouve en fort peu de gens, et ce qu'aujourd'hui, «n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres»? (2)
En tout cas, l'Histoire le dira demain, pour situer Si Boualem, l'authentique combattant et l'intègre dirigeant, en appuyant sur une petite phrase, très lourde de sens: «Ceux qui produisent ne meurent jamais!».
(1) Selon une idée du philosophe Emmanuel Kant.
(2) Affirmation du Duc de la Rochefoucauld.


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