Quand l'AFP est prise au piège par ses mensonges




Plus de deux mois après le départ d'Algérie de son envoyé spécial Aymeric Vincenot, l'Agence France Presse (AFP) n'a pas encore désigné un successeur ou un mandataire pour gérer le compte en banque du bureau algérois à partir duquel sont payés le personnel et les charges courantes.
Au contraire, l'agence s'est engagée dans un bras de fer avec les autorités algériennes pour imposer le retour de Vincenot, devenu aux yeux de la direction parisienne « un martyr de la liberté d'informer ». Or, durant son séjour algérois, Vincenot s'était livré à un « business » aux antipodes de l'acte journalistique.


Vincenot, qui officiait avec le titre d'envoyé spécial, a rejoint son poste à Alger en 2017 pour une année. A la fin de son premier mandat, il a soumis une demande de renouvellement qui lui a d'abord été refusée. Mais une largesse de l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia , en réponse à une sollicitation du Quai d'Orsay, lui a valu une prolongation de six mois, jusqu'au 31 décembre 2018, a confié ce mardi au Jeune Indépendant une source gouvernementale. « Ouyahia a transmis une lettre au ministère de la Communication pour qu'une prolongation de six mois lui soit accordée », a précisé la même source.


A la fin de son mandat, une autre prolongation de deux mois lui a été accordée pour lui permettre de préparer son départ du pays. Mais M. Vincenot, ainsi privé d'accréditation pour travailler et de de titre de séjour pour gérer, a fait le choix de l'illégalité. Il n'a quitté volontairement le territoire national que le 9 avril dernier, travaillant pendant plus de deux mois dans la clandestinité.
Revenu à Paris, la Direction générale a choisi de lui garder la totalité de ses fonctions algéroises : rédaction et gestion. Ignorance des procédures ? Incompétence ? Ou abus de confiance de M. Vincenot qui lui aurait fait croire qu'il pouvait continuer de gérer à distance ?
En tout cas, il a signé des chèques en sachant parfaitement qu'il n'en avait pas le droit. Cela s'appelle un faux en écriture, passible de poursuites pénales. A Alger, les cinq autres journalistes du bureau et les pigistes se sont retrouvés privés de salaire, pris en otage d'un conflit auquel ils sont étrangers.
Se croyant peut-être forte de son statut de 3e Agence mondiale d'information, l'AFP a cru pouvoir imposer le retour de M. Vincenot. Elle s'est appuyée sur les médias hexagonaux pour lancer son offensive.
Faute d'avoir imposé ce retour, elle a accusé les autorités algériennes de vouloir la contraindre à quitter définitivement l'ancienne colonie française, voire d'imposer un directeur de leur choix.
« Nous avons le sentiment que le gouvernement algérien fait tout pour que l'on ferme la boutique. Nous sommes dans un cauchemar administratif », confiait récemment une source de l'agence citée par des médias français, notamment Le Monde et RFI. Invraisemblables accusations alors que l'AFP dispose du plus important réseau en Algérie avec 5 journalistes locaux accrédités.
Le bureau possède un agrément qu'il n'a jamais été question de remettre en cause, installé en outre dans des locaux mis à disposition par le gouvernement algérien depuis 1968.
Quant à l'idée d'imposer un directeur elle est jugée carrément "ridicule". Que l'Agence "décide de ne pas nommer un nouveau directeur ne regarde qu'elle-même, en tout cas pas le gouvernement algérien. Qu'elle décide d'en nommer un autre, elle choisira qui elle voudra, selon ses propres règles qui ne nous concernent pas. La personne désignée devra déposer son dossier d'accréditation à l'ambassade qui le transmettra à Alger pour instruction selon la loi", explique la source gouvernementale en rappelant que le correspondant de l'APS à Paris est soumis à une procédure d'accréditation.
La même source ajoute que l'accréditation conditionne la mission éditoriale et pas du tout les questions de gestion. "La gestion du compte relève de la compétence exclusive de la banque comme cela se passe en France" où le signataire doit y être régulièrement résident. Une "qualité juridique" que M. Vincenot a perdue
Pourtant, la direction générale de l'AFP fait croire que seul Vincenot était habilité à faire fonctionner le compte bancaire domicilié à l'agence Amirouche de la BADR (Banque algérienne de développement rural). Plus encore, l'AFP, citée par les médias de l'Hexagone, affirmait que « la BADR refuse d'honorer les chèques et virements » au motif d'une « décision judiciaire ».


Le directeur juridique de l'AFP à Alger
Or, une source au sein de la BADR, a affirmé au Jeune indépendant que rien n'empêchait l'AFP de faire fonctionner son compte à partir d'Alger.


« Il suffit à l'agence d'actualiser les documents de séjour de M. Vincenot ou de désigner un nouveau signataire pour le remplacer et tout rentrera dans l'ordre », a affirmé cette source qui a précisé qu'il s'agit d'une procédure ordinaire appliquée également en France, qui est celle de désigner un mandataire ayant une résidence ou un titre de séjour en Algérie. C'est une procédure connue pourtant par tous les précédents directeurs de l'AFP.
Pressée par les syndicats, l'agence a dépêché à Alger, la semaine dernière, son directeur juridique Christophe Walter-Petit, pour s'entretenir avec les responsables de l'agence BADR des moyens de faire fonctionner. « M. Walter-Petit avait été informé sur la question de la délégation de signature », a poursuivi la même source. Il incombe ainsi au président-directeur général de l'AFP, Fabrice Fries, de désigner un mandataire, ce qui fait voler en éclats les affirmations selon lesquelles seul Vincenot était habilité à signer.


Vincenot ou le business louche
Le refus des autorités algériennes de renouveler l'accréditation de Vincenot trouve sa motivation dans l'activité parallèle exercée par le journaliste agencier de son bureau algérois qu'il ne quittait que rarement. « Beaucoup de choses erronées ont été écrites en Algérie et en France sur cette affaire, mais en fait M. Vincenot a détourné son accréditation pour exercer une autre mission que celle pour laquelle il a été accrédité », a assuré la source gouvernementale.

Aymeric Vincenot, en double casquette AFP et ONG


« Contrairement aux informations que l'AFP répand, Vincenot connaît parfaitement les raisons pour lesquelles son accréditation n'a pas été renouvelée. Au mieux, la direction de l'AFP à Paris est tenue dans l'ignorance. Au pire, elle est complice », a jugé la même source. La question a été posée à la Direction.


" La teneur (NDLR : des accusations) nous surprend considérablement et au demeurant nous semble potentiellement diffamatoire. Nous nous demandons en particulier à quelles ONG il est fait référence et quels sont les éléments factuels à l'appui des allégations énoncées ? », a répondu Matie-Noelle Valles la directrice de la Communication dans un email transmis à la direction du journal.
L'AFP et quelques médias français préfèrent la version plus valorisante d'un journaliste expulsé pour délit de courage qui laisse sourire ce ce côté-ci.
« M. Vincenot ne s'est pas illustré par une audace qui aurait irrité le gouvernement algérien. Quel scoop peut-il revendiquer ? Quelle analyse ou reportage si dérangeant aurait-il réalisé ? On cherchera vainement », rétorqua la même source qui ajouta : « Au contraire, M. Vincenot s'est montré conciliant avec le gouvernement, notamment l'ancien ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, dont il reprenait les propos les plus banals, même tenus à l'étranger. »


Les Algériens se souviendront de la couverture du bureau d'Alger qui a fait preuve d'une prudence excessive quand les manifestations contre le 5e mandat avaient commencé le 22 février. L'AFP dirigée encore par Vincenot faisait état « de centaines de personnes à Alger » alors qu'elles étaient des centaines de milliers dans les rues. « Justement c'est par une prudence dans la couverture de l'actualité que M. Vincenot a protégé son vrai business au profit des ONG, avant d'être démasqué », a expliqué notre interlocuteur.
Cela d'autant que M. Vincenot lui-même n'était pas connu comme un journaliste de terrain, « préférant rester au bureau où il contrôle le travail de ses cinq collègues accrédités, aidés ensuite par des envoyés spéciaux. Ces derniers ont travaillé librement », a encore ajouté la même source. Plus encore, Vincenot est invisible sur les réseaux sociaux y compris professionnels, comme LinkedIn, contrairement à ses collègues et confrères de la presse mondiale. D'ailleurs, il est difficile de trouver une photo de lui sur Google à l'exception d'une récente prise à escient quelques jours avant son départ qui lui donne un air quelque peu misérable.
Pour notre source, le travail journalistique de M. Vincenot ne dérange pas les autorités algériennes. Ce qui les dérange ce sont ses activités dissimulées. « A l'heure des réseaux sociaux rien n'est caché », a rappelé ce responsable.
Suite à son départ, « l'AFP a essayé de fabriquer un « martyr » pour préserver sa crédibilité auprès de ses clients », a-t-il dit.


Pourtant ce n'est pas la première fois qu'un de ses journalistes est privé d'accréditation en Algérie, mais l'AFP n'a jamais mis autant d'énergie à les défendre, comme dans le cas d'Aymeric Vincenot. En 2008, le gouvernement algérien avait retiré l'accréditation à l'ancien directeur Hassen Zenati. La Direction n'avait pas mis toute son énergie pour le défendre et n'avait pas prétendu qu'il était le seul à pouvoir gérer le compte. M. Zenati fut remplacé et jamais son successeur n'eut le moindre problème.
Outre M. Zenati, l'AFP a eu d'autres refus d'accréditation. On évoque notamment le photographe Hocine Zaourar. « Est-ce parce qu'il s'appelle Hocine et l'autre Hassen ? A l'AFP de répondre cette défense très sélective », lança le même responsable qui encore rappelé que l'AFP décide seule du choix de son directeur et du recrutement de ses collaborateurs. « Comme dès lors accuser le gouvernement algérien de vouloir nommer le directeur de son bureau algérois ? Qui peut croire à une telle hérésie ? », a-t-il conclu.
Kamel Mansari


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