Amar Ghoul aujourd’hui à la Cour Suprême et dés ce soir à El-Harrach

l’incroyable histoire du scandale de l’autoroute est-ouest



Amar Ghoul, un autre poids lourd, de la scène politique algérienne et l’un des dirigeants les plus influents durant le règne d’Abdelaziz Bouteflika pendant ces 20 dernières années comparait depuis ce jeudi matin devant la Cour Suprême. 

Il est auditionné dans le cadre de l’énorme scandale de l’autoroute est-est, le méga-projet qui a coûté plus de 11 milliards de dollars sans compter la construction des pénétrantes, des rocades, ainsi que l’équipement des autoroutes (aires de repos et aires de service notamment). En réalité, cette autoroute est-ouest a coûté plus de 13 milliards de dollars. Oui « 13 milliards de dollars pour 1 216 kilomètres”. Ce qui fixe le prix moyen de réalisation d’un kilomètre d’autoroute à près de 11 millions de dollars (soit un milliard de dinars).

Un énorme coût qui a soulevé de nombreux soupçons de corruption. Qui soupçons qui vont s’avérer réels puisqu’un grand scandale de corruption a éclaté et en 2015 et un procès s’était ouvert devant le tribunal criminel d’Alger à la fin du mois d’avril 2015.

A l’époque, seize personnes et sept sociétés étrangères sont été accusées notamment de «corruption, blanchiment d’argent et dilapidation de deniers publics» dans le cadre de l’affaire de l’autoroute est-ouest. Lancé en 2006 pour une durée de quatre ans et un coût de six milliards de dollars, ce chantier-phare de la présidence Bouteflika, encore inachevé et entaché de malfaçons, a vu son prix grimper à plus de 13 milliards de dollars, selon des estimations officielles.

Or, en 2015, ce premier procès de l’autoroute est-ouest a été expédié de manière arbitraire et tout ce scandale a été réduit à l’affaire du consultant et homme d’affaires Chani Mejdoub, titulaire de la double nationalité algérienne et luxembourgeoise et consultant juridique et financier du consortium chinois Citic CRCC. Ce dernier a été détenu depuis  2009/2010 après avoir été arrêté à Alger par les services secrets. Ses défenseurs, dont le célèbre avocat Me William Bourdon du barreau de Paris, avaient contesté l’instruction et se sont retirés quand le tribunal a rejeté leur demande de déclarer nulle l’ensemble de la procédure.

Au final ce procès va tourner à la comédie et en mai 2015, seules « les petits mains » seront condamnées par la justice algérienne. En effet,  le tribunal criminel d’Alger avait rendu son jugement en prononçant des peines de prison ferme allant de 10 ans à l’acquittement ont été prononcées contre 22 personnes morales et physiques impliquées dans cette affaire.

Une amende de cinq millions de dinars a été infligée à chacune des sept entreprises étrangères impliquées dans cette affaire: Citic Crcc Chine, Cojaal Japon, Pizarroti suisse, Caraventa Suisse, Isolux Corsan Espagne, SMI Canada et COBA Portugal. Une peine de 10 ans de réclusion criminelle assortie d’une amende de trois millions de DA ont été requises contre le principal accusé, Chani Medjdoub (conseiller de Citic Crcc Chine).

Une peine d’emprisonnement ferme de 10 ans assortie d’une amende de trois millions de DA ont été également requises contre Khelladi Mohamed (directeur des  nouveaux programmes de l’Autoroute). Par ailleurs, Hamdane Rachid Salim (ex-directeur de la planification au ministère des travaux publics) avait été condamné à une peine de sept ans de réclusion et un million de DA d’amende. La même peine (7 ans) de prison et trois millions de DA d’amende ont été requises contre Adou Tadj Eddine, homme d’affaires.

L’ex-SG du ministère des travaux publics Bouchama Mohamed a été acquitté, ainsi que Allab El Khier, investisseur, et Ferrachi Belkacem, ex-cadre au ministère des Transport. Adou Sid Ahmed a été condamné à trois ans de prison dont une année ferme. Trois ans de réclusion criminelle et 500.000 DA d’amende ont été requises contre Ouezane Mohamed, dit Colonel Khaled, fonctionnaire au ministère de la Justice. Ghazali Ahmed Rafik, ex-directeur des études à l’Agence nationale des autoroutes (ANA ) a été de son côté condamné à une année de prison avec sursis. Les trois sœurs Ghrieb ont été condamnées à une année de prison avec sursis et une amende de 500.000 dinars.

Les frères Bouznacha ont été quant à eux condamnés à un an de prison avec sursis. Le président du tribunal criminel d’Alger avait par ailleurs ordonné la saisie de tous les biens mobiliers, immobiliers et comptes bancaires de Chani Medjdoub, ainsi que Khelladi Mohamed.

Par ailleurs, le Tribunal criminel d’Alger avait rejeté les demandes de dédommagement matériel et moral des parties civiles, dont le Trésor public, qui se sont estimées lésées dans l’affaire de l’autoroute est-ouest. Le montant qui avait été demandé par le trésor public s’élève à 12 millions de DA à l’encontre de Khelladi Mohamed et Chani Medjdoub, les deux principaux accusés dans cette affaire. Quant à l’Agence nationale des autoroutes (ANA), elle avait demandé que les accusés lui versent solidairement cinq millions de DA pour la dédommager du préjudice moral qu’elle a subi suite à cette affaire.

Le tribunal avait refusé également la constitution comme partie civile de l’administration douanière, considérant que cette dernière n’a pas subi de  »préjudices en relation avec cette affaire ». Vous l’avez bien compris : en 2015, cet incroyable scandale de corruption a été entièrement bâclé par les autorités judiciaires et aucun haut responsable ou dirigeant politique n’a été convoqué ou inquiété. A cette époque-là, Amar Ghoul était encore un pilier du régime Bouteflika.

Après avoir été ministre travaux publics de 2002 jusqu’à 2013, Amar Ghoul occupait les fonctions de ministre du Tourisme en 2015. Membre incontournable de l’alliance des partis politiques, avec le FLN et le RND, qui avait milité en faveur du 4e mandat de Bouteflika, Amar Ghoul était « intouchable ». Et pourtant, c’est bel et bien lui le cerveau qui détient le secret de tout le dossier de l’autoroute est-ouest.

 

C’est lui seulement qui peut expliquer pourquoi les prix de réalisation d’autoroutes ont été largement surfacturés. Une surfacturation que le gouvernement algérien a toujours nié et récusé prétextant que « la moyenne du coût de réalisation du kilomètre en France varie entre 8,8 et 22 millions d’euros alors qu’en Espagne, elle oscille entre 7,8 et 17,5 millions d’euros. En Suisse, elle peut atteindre les 45 millions d’euros”, avait argué en novembre 2014, l’ex-ministre des Travaux publics, Abdelkader Kadi.

 

Un discours totalement mensonger puisqu’une simple recherche sur Internet contredit les chiffres avancés par Abdelkader Kadi. Selon l’organisme français Setra (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements), “la mise en service d’un kilomètre d’autoroute flambant neuf revient à 6,2 millions d’euros (équivalent à 7,7 millions de dollars, soit 30% moins cher que le prix moyen du kilomètre de l’autoroute Est-Ouest)” ! La même source précise que ce coût a été calculé sur la base d’un tronçon de
10 kilomètres avec échangeurs et ponts.

En utilisant ainsi des arguments fallacieux, le gouvernement algérien avait totalement éludé la question sur les soupçons de corruption. Les différents ministres qui ont succédé à Amar Ghoul n’ont jamais expliqué les nombreux cas de malfaçons dont souffre cette autoroute est-ouest. En avril 2015, le DG de la Caisse Nationale d’Equipement pour le Développement (C.N.E.D), un organisme public dépendant du ministère des Finances en Algérie, avait reconnu que l’énorme coût de l’autoroute est-ouest n’est pas due « à la non-maîtrise du projet » mais à l’introduction de certains chapitres qui n’étaient pas prévus au départ tels « le changement des glissières de sécurité, l’introduction de la fibre optique, les nouvelles brettelles ». Il a reconnu, toutefois, qu’en Algérie, il existe un problème dans l’uniformité des prix. Il faut noter que la loi algérienne fixe à 15% le plafond de réévaluation ; à défaut, le maître de l’ouvrage (le ministre) « aura à le défendre de nouveau devant le conseil des ministres pour pouvoir l’avaliser ». Rappelons que la Cned, dont un décret de juin 2004, fixe les attributions et ne traite que des projets dont le montant est supérieur à 20 milliards DA, sans oublier ceux qui ont « un impact stratégique, social ou environnemental ».

Amar Ghoul devra donc ce jeudi fournir des explications aux juges de la Cour Suprême à propos de toutes ces données démontrant qu’un énorme scandale de corruption et de dilapidation des deniers publics a été étouffé pendant des années pour couvrir des hauts responsables du régime Bouteflika. C’est pour cette raison qu’Amar Ghoul, à sa sortie de la Cour Suprême, finira sa soirée à la prison d’El-Harrach.


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