Un génie tourmenté



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Doté d’un talent d’une extrême sensibilité, Abdelwahab Mokrani est un artiste qui a peint des tableaux dans la douleur. Disparu il y a maintenant cinq ans, c’est à travers une rencontre libre de paroles que ses fidèles amis et des connaisseurs lui ont rendu hommage, dernièrement, à la galerie Ifru Design.

Cinq ans après la disparition de l’artiste Abdelwahab Mokrani, des amis et proches du défunt ont initié une rencontre pour revenir sur la personnalité, les œuvres, le talent et la sensibilité d’un artiste qui aurait pu être aujourd’hui l’un des plus grands de son temps. Avec l’aide du plasticien rassembleur Karim Sergoua, de l’initiatrice et amie proche du défunt, Nadia Hammouche, et d’Amel Bara, qui a décidé de mettre à disposition sa galerie pour la tenue de cette rencontre à la mémoire d’Abdelwahab Mokrani et le faire revivre l’espace d’une soirée.

En effet, l’hommage a été animé par l’historien de l’art Benamar Mediene, qui nous raconte tous les faits marquants de la vie du regretté artiste Mokrani. Dans un sens, les personnes présentes ont pu, l’espace d’un moment convivial, entrer dans l’esprit de ce peintre doté d’un génie énorme.

Nous pouvions même imaginer la vision du monde de ce peintre qui «voit non pas à travers l’œil de la raison, mais avec l’œil de la sensibilité». Un être qui en fait abrite deux personnages à la fois, l’un très jovial et un autre qui pouvait s’effondrer dans la mélancolie l’instant d’après. Abdelwahad Mokrani est comme ces peintres qui prenaient leur temps pour peindre leurs œuvres, et ce, dans le but d’en faire une création riche en émotions.

Il ne peignait pas de grandes toiles, ce qu’il préférait c’étaient plutôt les petits formats. Il peignait un monde réduit qui a la capacité de s’étirer où l’espace de support n’est juste qu’un prétexte. «Pour lui, ce qui est important, c’est le monde qu’il va créer et la façon dont il va l’élargir. C’est ça le miracle, la beauté et la difficulté de la peinture, c’est de pouvoir capter le temps non pas les minutes ou les secondes, mais le temps de la vie dans une tension énorme», raconte l’historien Benamar Médiène.

Pendant la rencontre, il était question de la nature de ses œuvres et la manière dont il dessinait ses personnages. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’admirer ses œuvres, ils sont comme sculptés ou encore pétrifiés, car a priori il ne se souciait pas de la figuration ou de la vraisemblance, non pas qu’il rejetait la figuration comme mode d’expression, mais il préférait que le public plonge à l’intérieur même de l’œuvre afin de pouvoir la comprendre. Sa technique était de peindre des personnages tronqués, parfois sans corps dans des petits formats de peintures.

D’ailleurs, c’est sa douleur immense qu’il refusait d’expliquer ou partager et surtout sa terrible sensibilité qui lui ont permis d’élaborer des toiles aussi chargées d’émotion. Abdelwahad Mokrani était un élève de M’hamed Issiakhem. Il suivait son maître fidèlement, mais n’essayait pas de l’imiter et ne le copiait pas en tout point. En effet, il y a deux mondes entre la technique picturale de Mokrani et celle d’Issiakhem qui est clairement visible.

«On ne retrouve pas l’influence thématique ou formelle d’un maître sur l’élève et c’est cela le caractère unique de Mokrani, c’est qu’il s’est construit et constitué en tant que maître, tout en façonnant en même temps son univers et sa façon de travailler.

On retrouve évidemment des éléments d’Issiakhem dans la peinture de Mokrani, mais personne n’échappe, quel que soit son talent, à la peinture qui accompagne son temps ou la peinture qui le précède», explique Benamar Mediene. Si certains se demandent ce que sont devenues ses œuvres, on leur répondra que quelques-unes sont conservées chez la famille de l’artiste, comme notamment les trois présentes le jour de la rencontre. Elles appartiennent aujourd’hui à l’une de ses plus proches amies, Nadia Hammouche.

D’ailleurs, cette dernière clame que «l’artiste, bourré d’intelligence pouvait déclamer de la poésie comme personne». Si beaucoup pouvaient le sous-estimer de par son apparence, c’est avec du Baudelaire ou encore du Rimbaud qu’il les faisait taire en un clin d’œil. Nadia ajoute également qu’«il était sensible à tout, même à la couleur.

Chez lui, tout était miniature, comme certainement sa vision du monde. Il aimait les détails, c’était un véritable artiste. Il ne cherchait pas à s’enrichir et n’avait aucune envie de posséder, il voulait juste vivre son temps avec sa peinture.» De belles paroles et une belle rencontre à la mémoire de celui qu’on appelle «L’écorché vif de la peinture algérienne». 


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