Le coq d’El-Biar et la diplomate italienne !



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Même un peu à contretemps, on n’allait pas la rater celle-là, l’histoire de ce coq qui s’est trouvé, à son cocorico défendant, au centre d’une affaire quasiment diplomatico-policière retentissante. Tels que rapportés plus ou moins approximativement par la presse, les faits sont volatiles. Sans mauvais jeu de mots. On comprend cependant ceci : une diplomate italienne de rang conséquent, visiblement, a porté plainte pour nuisances sonores provoquées par un coq appartenant à ses voisins domiciliés dans un immeuble du quartier d’El-Biar à Alger.
Sitôt la plainte enregistrée, rien moins que cinq agents de police furent mobilisés pour faire la chasse au gallinacée dans les rues d’El-Biar où l’animal s’était fait la belle et où, bien entendu, il est plus aisé d’alpaguer un hirakiste que de capturer un poulet – un vrai celui-ci —. Le coq coupable de vocalises incommodantes finit par être rattrapé par la maréchaussée.
Cette histoire qui daterait de 2017 mais qui resurgit en plein Hirak a inspiré à certains internautes une forme de solidarité proche de celle vouée aux détenus d’opinion. Un hashtag a été dévolu à l’élargissement du coq algérois, certainement au nom de la liberté d’expression : #liberezlecoq.
En effet, reprocher à un coq de chanter, fût-ce dans un appartement,  c’est comme vouloir empêcher l’eau de l’oued de couler ou la pluie de tomber, ou encore empêcher les citoyens d’user de leur droit de protester. Il y a des choses qui sont naturelles.  On n’y peut rien.
Bien sûr, on pourrait faire grief au propriétaire du coq de posséder un tel animal dans un appartement, mais aucune législation ne l’interdit. Et pourquoi serait-il plus farfelu de détenir un coq plutôt qu’un chien, un chat ou un poisson rouge ? Surtout dans un pays où un appartement peut  parfois receler un ou plusieurs moutons, qui ne respectent jamais l’interdiction de bêler.
Plus que les dizaines de détenus d’opinion incarcérés arbitrairement, le coq a suscité les zooms de la presse internationale, jusqu’à la BBC. Rien moins. Le Brexit, énorme sujet,  n’a lui-même pas dissuadé le gros média de Sa Majesté de venir faire un tour dans la basse-cour algéro-italienne.
Et tant pis pour les détenus d’opinion qui espèrent, eux, un peu de visibilité et de solidarité internationale !
La question posée à travers le buzz causé par le coq el-biarois est celle, précisément, des droits des animaux. La BBC, par exemple, s’interroge sur la validité de l’arrestation du coq par la police sans autorisation du juge. Eh, oui, la justice existe ou pas ! Elle est indépendante ou pas. La police n’agit pas sans mandat de la justice.
Le buzz est encore plus sonore en Algérie où, en plein Hirak qui remet en cause les dérives et les petits bricolages du système, il prend des allures ouvertement politiques. « L’arrestation » du coq est lue comme un acte arbitraire visant à satisfaire une diplomate étrangère au détriment de citoyens algériens infériorisés en la circonstance. Pour l’autorité en déficit de reconnaissance internationale, la satisfaction des demandes de diplomates étrangers prime sur le droit des citoyens algériens à être traités selon la loi.
L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Elle a contraint l’ambassadeur d’Italie non pas à désavouer la diplomate mais au moins à exprimer très diplomatiquement sa sympathie  pour le… coq en insistant sur le fait que «  l’ambassade et ceux qui y travaillent parmi les Italiens aiment les animaux et s’occupent de nombreux chats, poissons et tortues ». Une façon de dire que ce n’est pas le genre à approuver la maltraitance des animaux.
Quant à la police, acculée par le buzz provoqué notamment par une vidéo devenue virale, elle a été contrainte, elle aussi, de s’exprimer. Ça s’est fait par un communiqué qui, sans surprise, conteste le contenu de la vidéo et notamment le fait d’un raid des policiers dans le domicile du… coq pour l’arrêter.
La police et l’ambassade d’Italie confirment toutes deux que cette affaire remonte à 2017. Il est étrange qu’elle rebondisse aujourd’hui.
Ce n’est pas la première fois qu’un coq fait parler de lui, et sans le vouloir. Si le cas du coq d’El-Biar, survenu à un moment social aigu, prend une tournure « politique », cela n’empêche pas qu’ailleurs, le gallinacé soit le héros involontaire de faits divers.
Ainsi, en France, sur l’île d’Oléron, un coq répondant au nom de Maurice ne voyait aucun  mal à pousser son chant matinal. Incommodé, un couple intenta un procès à la propriétaire du coq. Au bout de deux ans de procédure judiciaire, les plaignants sont déboutés. Ils sont même condamnés à verser 1 000 euros de dommages et intérêts à la propriétaire de Maurice qui gagna ainsi du grain dans la mangeoire.
Maurice lui aussi, comme son compère d’El-Biar, connut la gloire médiatique qui arriva jusqu’aux Amériques.
Moralité : concernant Maurice, en France, un député demanda dans le brouhaha de cette affaire « l’inscription des bruits ruraux au patrimoine national ( canards, grenouilles, coq, etc.). S’agissant du coq d’El-Biar ? Ben ! Que la police se munisse d’un mandat du juge avant d’aller à la chasse aux gallinacés !
A. M.


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