Les Andalouses, le 27 janvier 2021... (1)



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A chaque fois que les vents du large me larguent à l'autre bout du pays, dans ce paradis lové entre les premières collines du Murdjadjo et la mer, un flot impétueux de souvenirs impérissables remonte à la surface et je ne sais plus quoi saisir dans cet envol désordonné de moments marquants, les uns plus savoureux que les autres. Me revoilà encore aux Andalouses mais avec cet étrange goût d'amertume que renforce cette impression de fin du monde, laissée par la traînée d'une pandémie qui n'en finit pas. Me revoilà arpentant la longue plage de sable fin, le regard tourné vers le large. Et quand on regarde le large à partir d'ici, l'île Habibas se met au garde-à-vous, avec son phare blanc levé comme un point d'exclamation...
Il y a trois mois, j'ai bouclé mes sept décennies et, en cette fin janvier 2021, assis sur une chaise comme tout bon vieux qui regarde une mer démontée et écumeuse, j'essaye de me remémorer les premiers moments qui m'ont mis en contact avec cette merveille de la nature...
J'avais 23 ans et les cheveux noirs dans le vent des Andalouses, face à la même île et son immanquable phare, au bout d'une mer toujours démontée et écumeuse. C'était le 16 juin 1973. Et c'était la première fois que je découvrais le site des Andalouses, magnifique création du génie Pouillon, qui venait d'être achevé. D'ailleurs, j'étais là pour la couverture de la visite présidentielle avec, au programme, l'inauguration du complexe du même nom. L'événement passait toutefois en seconde position puisque la principale actualité se déroulait dans la wilaya de Tlemcen, toute proche par la route de Aïn Témouchent : le lancement de la seconde phase de la révolution agraire, avec l'inauguration du village agricole de Aïn Nehala.
Le lendemain, sous un soleil de plomb, la plaine d'El Fhoul, inondée d'une masse compacte de paysans aux chèches étincelants, vivait cet événement avec un discours flamboyant du Président Boumediène. Cependant, ce qui nous enflammait à l'époque me paraît aujourd'hui beaucoup moins rose car cette propriété privée qu'on faisait passer au domaine public n'était pas en réalité la grosse propriété terrienne. Cette dernière, appartenant aux «collabos», avait déjà été nationalisée par Ben Bella. Des bureaucrates, cachés dans des salles enfumées à Alger, avaient établi de leur propre chef que posséder plus de 50 hectares faisait du propriétaire un «bourgeois» à nationaliser. En réalité, cela est juste bon pour ne pas basculer dans la pauvreté si, toutefois, la sécheresse n'était pas de la partie ! Je savais tout cela car j'avais justement... 50 hectares. Avant d'écrire une seul ligne sur la révolution agraire en laquelle je croyais et je crois toujours (mais avec une autre tournure); avant d'écrire donc sur ce sujet, je pris ma plus belle plume pour rédiger une lettre à la Commission nationale de la révolution agraire dans laquelle j'offrais toute ma propriété terrienne aux nouvelles coopératives. Précision : cette terre que j'ai donnée de bon cœur et que je pensais perdue à jamais, m'est revenue malgré moi avec les changements introduits par Chadli.
Revenons aux Andalouses. Je suis revenu en 1992. Je m'en rappelle très bien parce que c'était l'année de la médaille d'or de Boulmerka aux JO de Barcelone. J'avais ramené avec moi un vieux poste TV portatif en noir et blanc, juste pour suivre Morceli et Boulmerka. Le champion du monde avait raté le coche mais la belle gazelle constantinoise nous fit vivre des sensations intenses. Tout le complexe fêta l'événement mais la fausse note générale, c'était la dégradation terrible des installations : murs délabrés, gazon desséché, bungalows en piteux état, odeurs nauséabondes, carrelages défoncés et j'en passe.
J'y suis revenu à plusieurs reprises et ce n'est que vers la mi-décennie 2010 que les choses ont commencé à s'améliorer. Petit à petit et sans grand bruit. Le nouveau directeur, M. Bahloul Hacène, un vieux de la vieille du tourisme national, avait son idée : l'amélioration se fera sur budget propre. Aujourd'hui, les bungalows ont été entièrement rééquipés et toutes les infrastructures remises à neuf. Il y a même un plus : ce superbe centre de thalassothérapie qui ambitionne, selon le jeune docteur Abden Mohamed, de transformer les simples cures de jadis, pour alléger les douleurs rhumatismales, en un programme de bien-être inscrit dans les tendances de la médecine moderne de remise en forme et de lutte contre le stress. Le centre au nom si approprié de «Patio» est à découvrir. 
Une histoire dans l'histoire : ce directeur qui présente un bilan financier positif, même en cette année de Covid (j'ai discuté avec le comptable et je ne comprends toujours pas comment ils ont fait); ce directeur que je connaissais du temps où il gérait l'hôtel Riadh de Sidi Fredj et où nous nous rendions dans les années 80 pour des cures d'un tout autre genre, a eu un parcours singulier. Lui aussi découvrira les Andalouses, comme moi, le... 16 juin 1973. L'avant-veille, il avait été convoqué avec un groupe d'étudiants chez le directeur de l'Ecole de tourisme de Tizi-Ouzou qu'il fréquentait. On leur demanda de faire rapidement leurs valises. Direction : Alger, hôtel Aletti. Un tour au magasin Bon Marché pour s'équiper en effets vestimentaires de circonstance. Un autre car et un voyage de 12 heures. Avec ses collègues, il découvrit le tout nouveau complexe et la mission pour laquelle ils étaient venus : servir le dîner présidentiel. Le garçon de salle qu'il était voulait garder de ces moments un souvenir à vie : à la fin du repas, il tenta de faire signer le menu de ce grand jour par Boumediène. Il fut stoppé net par le chef du protocole présidentiel, M. Abdelmadjid Allahoum, qui finit par apposer sa propre signature en bas du document. Ce dernier trône toujours sur le mur plein de photos situé derrière le bureau directorial. Le garçon de salle est devenu directeur général...
M. F.
A suivre

 


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