Casbah d’El Djazaïr. Hommage à Cheikh Namous

Un symbole séculaire du patrimoine musical chaâbi



...

«Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans le cœur des vivants.» Jean d’Ormesson.

Ce virtuose inégalé dans l’instrumentation musicale à cordes de l’ancestral guember au banjo modernisé vient de s’éteindre dans la douce sérénité de ses cent et unième années. Cheikh Namous, au patronyme de Rechedi Mohamed, est né il y a 101 ans de cela, un vendredi 14 mai 1920 à la Casbah d’Alger, le terroir fertile et fécond du patrimoine musical andalous, chaâbi et kabyle.

Du Guember dès l’âge de 12 ans pour devenir le prince du banjo

C’est en achetant son premier guember à l’âge de 12 ans avec ses petits sous d’économie d’enfance au prix modique de 20 francs, des années 30 qu’a surgit profondément en lui une passionnante vocation de musicien «banjoïste» où il excella en maître doué de grand style raffiné, parmi les géants du bonjo à l’époque que furent les regrettés Kaddour Cherchali, Mohamed Tailleur ainsi que Moh Seghir Laâma une légende géniale de musicalité de la guitare.

Styliste, de raffinement musical de renom et de talent, au palmarès des pionniers de l’art instrumental du Banjo, Cheikh Namous incarne également un repère et une mémoire de notre patrimoine musical chaâbi dont il a connu les monuments emblématiques qui avaient pour noms de célébrité : Cheikh Hadj M’hamed El Anka, Hadj M’rizek, Cheikh H’sissen et Abdelghani Bouchiba entre autres et dans la chanson kabyle, Cheikh Nordine, Kamel Hamadi, Taleb Rabah, Akli Yehyaten, pour ne citer que ceux la.

Cheikh Namous au souvenir des Cheikh Mustapha Nador et Hadj M’hamed El Anka

De par son parcours foisonnant dans le siècle légendaire du patrimoine musical populaire, Cheikh Namous en illustre le vaste univers de la chanson populaire citadine, un héritage précieux des monuments Cheikh Mustapha Nador et Cheikh M’hamed El Anka qui «l’ont envoûté» dès sa prime jeunesse par la sonorité, ses rythmes et les envolées lyriques et poétiques du medh et des lumineuses quacidate harmonieusement nacrées par la verve et la rime de méditation et d’extase du chaâbi.

Ainsi, Cheikh Namous, passionné de ce patrimoine, se découvrit un don inné en lui-même pour s’accomplir en une étoile du banjo par la créativité de notes musicales qui étaient l’exclusivité de ses talentueuses prouesses.

Dès le début des années 50, il intègre la chaîne kabyle de la radio, qui était sous la direction de Cheikh Noredine, à qui il succédera plus tard lorsque ce dernier se consacrera avec sa vocation originelle de comédien célèbre de sketchs humoristiques en acteur dans l’art cinématographique.

Banjoïste, attitré du célèbre Cardinal Hadj M’Hamed El Anka, il répondait aimablement à toutes les sollicitations d’interprètes de notoriété de la scène et de la chanson populaire, à l’instar de Hachemi Gerrouabi, Boudjemaâ El Ankis, Amar Ezzahi, Dahmane El Harrachi et d’autres talents réputés du chaâbi.

Avec une mémoire infaillible, dépositaire de précieux et séculaires, souvenirs en dépit de la pesanteur de l’âge, du temps et des années, Cheikh Namous ne cessait d’évoquer des anecdotes marquantes de son prodigieux parcours, à l’exemple de celle où il a été le bras au banjo du célèbre Cheikh H’sissen pour lequel il vouait une grande admiration quant au style exceptionnellement personnalisé d’interprétation qui était unique.

La mémoire, les Cheikhs H’sissen et Namous avec le présage précoce de Hachemi Guerouabi

Cette déterminante étape fut celle de l’épanouissement musical de son existence, où Cheikh Namous a tenu à rappeler une scène durablement émouvante, ancrée en sa mémoire, selon son expression et qui remonte à un été des années 50 à l’ex-Belcourt actuellement, Belouizdad plus précisément au quartier de Dar El Babor (la maison du bateau), populairement désignée ainsi pour son contour architectural évocateur de la silhouette d’un bateau.

La véritable enceinte de cette maison Dar El Babor a abrité une soirée mémorable d’un mariage organisé par une grande famille du cru belcourtois, animée par Cheikh H’sissen en grande vogue à cette époque, avec son orchestre de réputation dont l’inimitable Cheikh Namous, comme toujours à ses côtés, en faiseur de magiques sonorités perlées de douceur de son banjo apprivoisé avec un art légendaire de communion et de dextérité musicale avec l’instrument.

C’est dans l’euphorie festive de cette heureuse soirée des grands jours qui a drainé une nombreuse assistance et lors d’une pause musicale, qu’un des convives s’est dirigé vers l’orchestre et a informé Cheikh Namous de la présence d’un jeune surdoué de la chanson chaâbie dont les amis du quartier voulaient solliciter Cheikh H’sissen pour inviter celui-ci à interpréter une chanson.

Sitôt avisé par Cheikh Namous, Cheikh H’sissen, très enchanté, fit appeler ce dernier sur scène et qui, dès les premières envolées d’une chanson, subjugua dans l’émerveillement l’ensemble de l’assistance, agréablement surprise et séduite par l’intonation d’une mélodieuse voix cristalline, inédite jusqu’alors et qui était celle du très jeune El Hachemi Guerouabi dans ses 12 ans, enfant d’El Mouradia, grandi à Dar El Babor à Belcourt et qui, pour l’histoire, fût la première apparition publique de celui qui se révélera plus tard en une mythologie populaire «guerouabienne».

Cette révélation nous a été affirmé par Cheikh Namous, lors d’un long entretien dans sa chambre d’hôtel à Tizi Ouzou, la veille du grandiose et inoubliable hommage qui lui a été rendu le 21 mars 2012 par la Direction de la culture de la ville des Genêts, à l’initiative de Mlle Nabila Goumeziane, directrice de cette institution dont nous étions les hôtes avec le fils et les deux petits enfants de l’icône patrimonial de l’événement.

Très sensible et visiblement très touché par ce cycle d’actes de reconnaissance et de gratitude à son endroit et à dessein de la valorisation de son apport, le siècle durant au rayonnement de la culture algérienne, Cheikh Namous s’est exclamé en la circonstance par cette émouvante phrase révélatrice de réjouissance : «Voilà une revanche contre l’oubli.» Cela dans un bonheur inouï où il a pleinement savouré, au soir de sa vie, les délices d’espoir avec une jeunesse présente en grand nombre, enthousiaste et motivée en relais générationnel pour la pérennisation d’un legs ancestral précieux de ses aînés et aïeux.

A ce propos, il y a lieu de rappeler que ce cycle d’hommages dédié à Cheikh Namous a, respectivement été organisé, par l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah, le 25 juin 2011 à la salle Ibn Zeidoun, avec la contribution de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins et de l’Office Riadh El feth, OREF à Dellys, par l’association culturelle de cette ville le 15 juillet 2011 et clôturé en apothéose le 7 août 2012 lors de la finale du festival de la chanson chaâbie, à l’initiative de Abdelkader Bendameche, commissaire de cette manifestation.

La fête du Centenaire de Cheikh Namous reportéE pour cause de la COVID-19

Cheikh Namous, en doyen et pionnier du patrimoine musical chaâbi, a fêté dans l’intimité familiale son centenaire de naissance le 14 Mai 2020, contrairement au projet conjoint de l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah, de l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins, ONDA, et de l’Agence algérienne de rayonnement culturel, l’AARC, pour une cérémonie officielle à l’Opéra d’Alger, mais malheureusement reportée pour cause de la crise sanitaire de la Covid-19, qui sévissait dangereusement en cette période.

Peiné par le report de l’événement symbolique auquel il tenait tant pour revoir son public des jours fastes et partager avec lui la chaleur humaine des retrouvailles, Cheikh Namous fut rassuré par un hommage médiatique de l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki, Casbah, paru dans le journal El Watan et dédié à son centenaire, momentanément reporté, avec un espoir nourri afin de renouer affectivement avec les bains de foule de celles et ceux attachés à leur patrimoine musical et culturel qui ont toujours profondément créé en lui un sentiment de bonheur et de réconfort par leur fidélité constante à l’épanouissement de l’art musical pour lequel il a investi toute une existence.

Honoré à son domicile par la Ministre de la Culture et des Arts

Dans cet élan de reconnaissance, Cheikh Namous a également été très touché, sensible et agréablement surpris par la visite de Madame Malika Bendouda, ministre de la Culture et des Arts, à son domicile au quartier populaire de Diar Djemaâ, à El Harrach, au moment de la propagation de la pandémie.

Un geste de haute considération et de reconnaissance significativement très marquant et compensatoire dans la symbolique de son centenaire, vivement apprécié pour avoir pu échanger avec Madame la ministre qu’il a captivé avec ses prodigieux fragments de mémoire centrés sur la Casbah, la culture et l’incommensurable richesse du patrimoine historique et civilisationnel de l’Algérie.

C’est son fils Rechedi Farid, présent à la rencontre où Cheikh Namous, atteint d’une déficience auditive, rendant impossible avec lui une communication téléphonique directe qui, le jour même, a informé l’auteur de ces lignes de l’ambiance chaleureusement conviviale de l’événement.

Pour y avoir vu le jour en son sein, Cheikh Namous aimait évoquer sa Casbah natale et se remémorer les plus belles et douces années de sa vie où, dès sa prime enfance, il découvrit les splendeurs de la Médina avec ses légendaires douérate, ses fontaines, ses proverbiales terrasses qui surplombent le décor édénique de la baie d’Alger avec les flots harmonieux du bleu azuré de la Méditerranée.

Une matrice pérenne d’historicité civilisationnelle d’art et de culture où sa jeunesse a été bercée dans ce véritable vivier de la poésie, de la chanson et de créativité artistique. A ce propos, il tenait avec empressement à rappeler le Café du Chahid Omar Boukasse, un enfant devenu une figure emblématique de la Médina et sa première rencontre avec Hadj Mhamed El Anka et tant d’autres chanteurs et musiciens de renom, à l’image de Hadj M’Rizek, H’Sissen, Boudjemâa El Ankis, Amar Lachab, Omar Mekraza, Abdelghani Bouchiba pour ne citer que ceux-là.

Un lien ombilical de mémoire, d’art et de culture

Amèrement déçu et malheureux de la décrépitude actuelle de la mythique El Mahroussa, qui incarne l’authentique El Djezaïr, Cheikh Namous a désespérément attendu de vivre et voir la résurrection de son berceau natal, repère de rayonnement de la culture algérienne et panthéon du souvenir d’illustres artistes qui l’ont inlassablement servi.

Proche et ami de l’Association, Cheikh Namous ne cessait d’encourager et de soutenir toutes les actions culturelles menées par celle-ci, ce qui favorisait des visites de courtoisie que nous lui rendions à son domicile, la dernière à l’approche de la perspective de la célébration de son centenaire en compagnie de Abdelkader Bendameche, directeur de l’AARC, de Rabah Haouchine poète et vice-président de l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah et de votre serviteur.

Une rencontre affective, où Cheikh Namous, comblé et heureux ce jour-là, a passionnément déroulé sa mémoire de souvenirs d’une vie dans le siècle agrémenté avec des refrains de douces notes du guember qui, entre ses mains expertes, nous ont transposés dans les fastes traditionnels de la Cité antique.

Laquelle demeurera pour l’éternité l’âme d’El Bahdja par la trame mémorielle de son histoire et de la symbolique de ses vestiges qui, irréductiblement et tenacement, s’impose encore et toujours avec force aux avanies du temps, des méfaits de l’homme et de l’oubli hideux et dégradant, insidieuse phénoménologie sociétale de déculturation.

Cela avec un stimulant réconfort constaté par l’engouement de la jeunesse pour redécouvrir le fameux trésor patrimonial à travers des visites pédagogiques encadrées d’écoliers, lycéens, étudiants, avides de connaissances pour la réappropriation de ce legs générationnel, pluriséculaire d’universalité. Une lueur d’espoir ainsi démontrée par ces générations montantes à dessein de la valorisation et de la sauvegarde de la Vieille Ville qui symbolise un patrimoine de la mémoire collective de toute une nation.

Que l’innovation judicieusement salvatrice par l’institution officielle de la célébration de la Journée nationale de la mémoire, une première depuis l’indépendance de l’Algérie, soit les prémices d’un sursaut édificateur désespérément attendu par des générations successives des décennies durant pour l’avènement de la résurrection de cette Casbah, patrimoine mondial de l’ensemble de l’humanité.

C’est ainsi, à travers cette évocation de la Casbah natale de Cheikh Namous, dont il était fier et qu’il aimait tant en creuset culturel de son riche et fécond parcours, symbole d’éclat du patrimoine musical chaâbi, que nous tenons à nous incliner à sa mémoire affectivement et lui rendre un ultime hommage appuyé pour l’œuvre créatrice qui a été la sienne, avec la persévérante abnégation et le dévouement pour une mission d’apothéose pleinement et brillamment accomplie en modèle d’exemplarité pour la jeunesse , les générations futures et la postérité.

Une vie vouée au rayonnement du patrimoine musical algérien

Enfin, le regretté Cheikh Namous a eu une vie séculaire intensément laborieuse, riche et féconde vouée à l’épanouissement du patrimoine musical algérien en donnant le meilleur de lui-même ici-bas, qui s’éternisera dans la pensée du souvenir et de la mémoire collective en une entière et perpétuelle reconnaissance du peuple algérien et de sa jeunesse pour rejoindre le monde meilleur de l’Au-Delà et y reposer à l’éternité au royaume clément de divinité.

En cette douloureuse épreuve, l’ensemble des membres de l’association des Amis de la Rampe Louni Arezki, Casbah, et ses membres sympathisants où il jouissait d’une grande estime et considération, très affligés par sa disparition, tiennent à réitérer encore une fois à l’ensemble de sa famille et à ses proches leurs condoléances attristées ainsi que leur soutien et sympathie de solidarité. Puisse Allah le Tout-Puissant l’accueillir dans la rahma de son Vaste Paradis. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.  


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