Apprendre à prendre soin de soi et de l’autre



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Par Baddari Kamel(*)
L’être humain au cours de son existence ne cesse de communiquer avec les membres de la société humaine dans laquelle il vit. Il crée à cet effet des liens sociaux et affectifs avec certains d’entre eux. Ces liens jouent un rôle central dans le renforcement des capacités de l’individu qu’elles soient de nature morale ou spirituelle, et c’est là que l’apprentissage de prendre soin de soi et de l’autre prend toute sa signification. 

À l’occasion du mois sacré du Ramadhan, il nous a paru utile d’évoquer certaines de ses valeurs phares qui forment le socle de notre société arabo-berbère et musulmane, et qui s’inscrivent en droite ligne avec le soin, le soi, l’autre et leur apprentissage. En effet, l’examen de ces valeurs à savoir la piété, le travail, la tolérance et la sagesse se traduit par le soin du soi aussi bien matériel que spirituel, le soin apporté à l’autre par la sagesse et la tolérance, le travail pour revigorer le soi et par retentissement la prospérité du pays. 
Le soin de soi ne peut totalement s’affirmer que si le prendre soin de l’autre se réalise, car comment vivre en cohérence avec ce qui nous environne si l’autre est dans la détresse ou que le pays connaît des embardées à tribord ou à bâbord qui les retardent dans le développement et la prospérité. C’est en cela que l’individu dans la société est convoqué à faire sienne de ces valeurs, non seulement une fois l’an lorsqu’elles nous sont rappelées par ce mois sacré, mais toujours et partout pour les pérenniser et d’en faire un sacerdoce commun auquel chacun participe. Il faut rompre avec les habitudes peu amen qui, au courant des autres périodes de l’année, ces valeurs sont dénaturées et le prendre soin de soi et de l’autre est relégué à des situations déplorables qu’il convient de condamner car elles prennent parfois des dimensions inquiétantes.

Prendre soin de soi et soin de l’autre
Le prendre soin de l’autre, c’est développer une relation de bienveillance avec un individu ou un groupe social d’individus, autrement dit le pays. Mais cette relation d’amabilité avec l’autre a tendance à disparaître au profit du soi lorsque le soi est vu sous le prisme de l’intérêt personnel. Il est constaté que le soin de soi a tendance à prendre le dessus sur le soin de l’autre pourtant nos racines arabo-berbères, notre culture et notre religion nous enseignent de tisser la meilleure relation avec l’autre et se consacrer à la prospérité du pays par le travail sincère et productif. Le soin du soi prend parfois et presque toujours un aspect excentrique et s’enferme dans un espace réduit de ne s’occuper que de soi faisant fi de l’environnement, du voisinage, de la solidarité, de l’engouement pour le travail... Alors que reste-t-il du soin quand il ne concerne que le soi ? Le soin du soi est-il la voie qui conduit à un comportement qui se traduit par une forme d’égoïsme qui anéantit le fondement même du soi car il ne valorise pas l’autre ? A contrario, prendre soin de soi et de l’autre n’est-ce pas là une «thérapie de l’âme» qui soigne les faux jugements, les opinions erronées et les notions creuses ou vides de sens. Tout être normalement constitué doit pouvoir entretenir avec ardeur ces valeurs qui se traduisent dans la pratique par le respect, l'acceptation, la reconnaissance, la considération, l'écoute, l'ouverture, la coopération, le civisme, l'honnêteté, l'action juste, le partage, l'entraide, la solidarité, la fraternité et l'empathie. Ces valeurs humaines s’accommodent avec le prendre soin de soi et de l’autre, sans distinction. La «thérapie de l’âme» s’oppose par exemple à la «thérapie médicale» qui, elle, concerne le corps. Elle est l’incarnation du soi. En guise de reconnaissance à ses médecins, Socrate, avant de mourir, ses derniers mots furent une demande de sacrifice d’un coq à Esculape, dieu de la médecine. Elle s’inscrit donc dans la «thérapie médicale».
 
Prendre soin de soi est-il un acte égoïste ?
Prendre soin de l’autre, c’est soutenir l’autre en dehors de soi, autrement dit, donner aux autres de manière désintéressée, et partager sans attendre quoi que ce soit en échange ; sinon l’existence de soi ne peut s’accomplir tant que l’autre ne s’accomplit pas en harmonie avec le soi. L’égoïsme n’est-ce pas plutôt cet attachement excessif au soi, à l’intérêt personnel sans la volonté de partage, réduisant, voire annihilant le vivre du soi avec l’autre ? Autrement dit, la prise de conscience de sa responsabilité dans la société relève-t-elle d’actes égoïstes ou tout simplement du prendre soin de soi? Certes, prendre soin de soi est la première des choses à considérer avant de se tourner vers les autres, tout comme dans la nature, jamais la plante ne porte ses fruits avant que la graine ne soit semée puis arrosée. Il faut rester performant pour prendre soin des autres. Marx, à propos de l’égoïsme, écrit qu’«aucun des droits dits de l’Homme ne dépasse l’homme égoïste, l’homme tel qu’il est comme membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son plaisir privé, et séparé de la communauté». On comprend que Marx puisse assimiler l’égoïsme à des individus appartenant à une classe de nature bourgeoise. L’égoïsme est un fait de la société qu’elle que soit sa nature. Alors si le prendre soin de soi ne peut être conçu comme une forme d’égoïsme dans la mesure où il intègre le soin de l’autre, la question sous-jacente est : mène-t-il au bonheur ?

Le prendre soin de soi mène-t-il au bonheur ?
Nous avons vu que le prendre soin de soi est salvateur si on le fait dans l’optique du soin de l’autre. Le prendre soin de soi est l’évaluation que l’individu se fait de lui-même, qui ne doit pas mener à la surestime de soi ni à l’ego surdimensionné, car tous deux s’opposent à l’interférence avec l’autre. Le danger du soi sans l’autre est lorsque l’évaluation que l’individu se donne est relative à soi et non pas par rapport à l’autre ; autrement dit, lorsque le prendre soin de soi d’un individu est corrélé seulement par rapport à ses désidératas, à ses besoins, à ses désirs... sans la prise en compte de la situation, bonne ou mauvaise, de l’autre. L’individu qui manque de prendre soin de soi passe son temps à se reprocher, à se retourner sur ses échecs, à se complaire dans les évènements passés et a peur de l’avenir. Il est en doute en permanence sur ses propres capacités ; autrement dit, il entretient inconsciemment tous les éléments qui ne mènent ni à la réussite ni au bonheur. Le bonheur est la satisfaction complète de soi sans ignorer l’autre. Autrement dit, il est le prendre soin de soi et de l’autre aussi bien dans le malheur que dans la joie. Il est le but de tout individu dans sa vie. Il se construit ; comme souligné par Aristote le bonheur est «un bien qui n'est pas fourni par l'extérieur mais qu'on doit trouver en soi-même, dans sa propre activité». Le bonheur, on doit aussi le trouver dans l’autre car peut-on vraiment être heureux indépendamment de l’autre du moment que le monde extérieur interfère au quotidien sur le soi ?

Le mois de Ramadhan renforce-t-il le prendre soin de soi et de l’autre ?
Le mois de Ramadhan est le seul mois dont le nom figure dans le Saint Coran. Il est aussi le mois qui a connu de nombreux événements importants de l'histoire de l’Islam. C’est au cours de ce mois qu’il y a la nuit du destin et aussi le jeûne. C’est dans ce mois que le musulman redouble l’investissement au service de Dieu. C’est dans ce mois que l’occasion est donnée au corps de se reposer, de se régénérer et de libérer les substances toxiques emprisonnées dans la graisse consommée par le jeûne. C’est un verset du Coran qui prescrit le Ramadhan, neuvième mois du calendrier hégirien, en mois de jeûne : «Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés. Peut-être serez-vous pieux ?» 
Mais comme l’indique ce verset, le jeûne religieux est une pratique antérieure à l’islam. La religion israélite prévoit des jeûnes périodiques, dont le Youm Kippour est le plus célèbre. Les chrétiens sont censés observer un carême à chaque année durant les Pâques. Les fidèles d’Abraham jeûnaient aux éclipses, aux équinoxes et aux solstices, soit en moyenne 20 jours en mars (solstice) et 20 jours au mois de décembre (équinoxe). Les Sabéens, un courant judéo-chrétien attesté pour la première fois dans le Saint Coran, jeûnaient 30 jours par an… En Islam, la raison essentielle de ce jeûne est exprimée dans la dernière partie du verset précédent : «Peut-être serez-vous pieux ?» La piété, l’investissement au service de Dieu, est donc l’objectif recherché par le jeûneur musulman. Durant ce mois, certains besoins physiques sont reportés dans le temps. Le jeûneur doit dominer ses pulsions. Le jeûneur met en priorité les exercices de spiritualité, de méditation et de recueillement. À l’heure de la prière d’el-maghreb qui sonne la rupture du jeûne, c’est la victoire de l’âme sur le corps. 
L’objectif du jeûne est d'accompagner le fidèle dans la reconnaissance de ses transgressions, de remettre en cause, d’évaluer, d’améliorer et de renforcer sa relation avec l’autre. Outre qu’il soigne le corps et revigore l’âme comme sentir une fleur du midi, le Ramadhan est une des portes du paradis spécialement réservée aux jeûneurs sincères.

Conclusion
L’énonciation du titre de cette contribution marque une préoccupation essentielle, celle du lien qui devra exister entre le soin, le soi, l’autre et l’apprentissage. Si le soin est la manière de repenser son rapport avec l’autre au sens où ce dernier est un individu ou un pays en termes de relation sincère incarnée par la bienveillance et l’abnégation, la question qui demeure posée est l’apprentissage ou comment acquérir cette qualité du soin de soi et de l’autre. Nul n’ignore que l’école, l’environnement, les parents, la religion, la lecture mais aussi la nature et l’efficacité de la politique sociale sont eux seuls qui permettent de mobiliser l’intelligence collective pour relever ensemble le défi pour bâtir une société plus juste, qui unit au lieu de diviser, une société plus fraternelle qui lutte contre les inégalités. Enfin, s’agissant d’une contribution sur les valeurs portées par le mois sacré de Ramadhan, il y a au moins deux apprentissages qui nous sont donnés par ce mois sacré : la zakat d’El-Fitr et la zakat sur le patrimoine. 
La première est une aumône de rupture de jeûne versée par tout individu aux nécessiteux à la fin du mois de Ramadhan pour purifier le jeûneur des péchés commis durant le mois de Ramadhan ; la seconde, troisième pilier de l’Islam, après la profession de foi et la prière, elle est versée une fois l’an aux nécessiteux en fonction de l’importance du patrimoine de chaque individu. Elle purifie le croyant de l’égoïsme et de la cupidité. L’une ou l’autre de ces deux aumônes, et au-delà de la joie qu’elles procurent aux nécessiteux, constituent une belle leçon d’apprentissage et de renforcement du soin de soi et de l’autre.
B. K.

(*) Professeur des universités. Expert en enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Expert en conduite de changement. Université de M’sila.


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