Hosni Kitouni. Chercheur en histoire

«L’histoire officielle est saturée de zones d’ombre et de dénis qui, un jour ou l’autre, remontent à la surface»



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Dans un entretien télévisé, Nordine Aït Hamouda vient de traiter l’Emir Abdelkader de traître, invoquant des «faits» historiques. Que pensez-vous de ses déclarations ?

Je crois que le scandale est plus dans l’usage du terme «traître» que dans la justification qu’en donne Nordine Aït Hamouda. L’école et la culture dominante nous ont appris à juger les hommes et les faits du passé selon la grille de lecture du nationalisme triomphant.

Vision ayant eu pour conséquence d’exclure, par exemple, les Ferhat Abbas, El Okbi, les courants et partis réformistes et les communistes de la doxa nationale. De fait, l’historiographie a fait l’impasse sur tous ceux qui n’ont pas «combattu par les armes» la colonisation, les intellectuels, les personnalités, accusés à tort ou à raison d’avoir «collaboré avec l’ennemi».

Leurs noms ne figurent ni dans nos livres d’histoire, ni au panthéon de notre mémoire, ni aux frontons de nos rues, ni dans nos musées et commémorations mémorielles. Ainsi, l’histoire est épurée de tout ce qui ne rentre pas dans le moule. Et un héros doit l’être forcément de bout en bout, tout au long de sa vie. Et quand il se trouve qu’un fait, un épisode dérogent au portrait général, alors on les passe à la trappe.

De sorte que l’histoire officielle est saturée de zones d’ombre, de silences, de dénis qui, forcément, un jour ou l’autre, remontent à la surface. Ce sont ces silences et ces dénis qui offrent un terrain fertile aux polémiques et aux controverses. Et ce sera ainsi aussi longtemps que l’histoire restera l’otage du pouvoir politique.

Car l’histoire s’écrit précisément par de successives remises en cause, des questionnements, des mises au jour de nouvelles sources, etc., et donc forcément en remettant en cause les vérités statufiées. Faute donc de réviser le statut de l’histoire et des historiens dans leur relation au pouvoir politique, ces débats stériles vont continuer à nourrir les conflits d’une autre nature.

Mais y a-t-il une part de vérité dans ce qu’il a avancé ?

Ce qui vient de se passer avec M. Aït Hamouda ne déroge pas à la règle, sauf que dans son cas, il pose une question légitime sur l’importance du traité de la Tafna, mais lui donne une réponse totalement contraire aux faits – «l’Emir a vendu le pays à la France» –, ce qui à ses yeux est un acte de traîtrise. C’est cette accusation qui a fait trembler la blogosphère et indigné à juste titre de nombreux Algériens.

Or, tous les historiens s’accordent à dire que la Convention de la Tafna que la France fut contrainte de signer est «une victoire diplomatique, politique et militaire exceptionnelle» pour l’Emir.

Elle le rendait «le maître de la majeure partie de la Régence», comme l’écrit Charles-André Julien. Pour le gouverneur général de l’époque, le général Damrémont, la convention «n’était pour la France ni avantageuse ni honorable, mais en revanche elle rendait l’Emir plus puissant qu’une victoire éclatante n’aurait pu faire».

De fait, la Convention forçait la France à abandonner des territoires et des villes déjà conquis. Elle cède à l’Emir tout le beylik d’Oran, à l’exception des villes côtières (Oran Mostaganem, Arzew).

Elle se retire de Tlemcen, Mascara, du Titteri et d’une partie de la province d’Alger (sans le Sahel, la Mitidja et Blida) et lui reconnaît le droit d’étendre sa souveraineté au-delà de l’Oued Keddara. L’Emir n’a donc rien cédé à la France, comme l’affirme M. Aït Hamouda, c’est au contraire Bugeaud, le négociateur français, qui fut accusé ensuite de corruption pour avoir fait des concessions inadmissibles.

Pourquoi la France fut-elle contrainte de signer le traité ? Quels impacts eût-il sur l’avenir de la résistance ? Quels avantages pour les Algériens d’alors ?

Toutes ces questions ont fait l’objet de nombreux travaux d’historiens et nulle part on ne trouve d’éléments pour justifier l’accusation péremptoire de M. Aït Hamouda. Pourquoi s’en est-il pris à l’Emir de manière aussi mensongère et dans quel but ? Voilà ce qui n’a pas de réponse dans le passé ni dans la vie de l’Emir, mais dans le présent et les enjeux politiques dans lesquels est impliqué M. Aït Hamouda.

Il a soulevé aussi la polémique autour de personnages historiques, et il n’est pas le seul, si l’on considère aussi les déclarations du sénateur Benzaïm et celles de Bengrina sur la participation de la Kabylie à la Révolution. S’agit-il de convocations opportunistes de l’histoire au service d’enjeux politiques, ou d’autre chose ?

Il y a là un problème déontologique et moral : un homme politique a-t-il le droit de porter des jugements publics sur des personnages historiques dans le but d’alimenter des controverses médiatiques ? C’est dans la culture des élites et du pouvoir d’avoir toujours combattu leurs ennemis en les accusant de trahison.

Se considérant comme étant les seuls porteurs du nationalisme, tous ceux qui s’opposent à eux sont forcément des vendus à l’ennemi. Chez les jeunes politiques, il semble que la tradition se soit reconduite sous des formes quoique différentes, mais répondant au même paradigme : il y a d’un côté les bons et de l’autre les méchants, et les méchants sont forcément du côté de la France.

Faute d’avoir des projets et des programmes politiques par lesquels ils peuvent se distinguer et mobiliser leur lectorat, faute d’avoir une culture historique et des rêves à faire partager, des ambitions à nourrir, ils vont puiser dans les caniveaux de l’inculture pour alimenter leur discours.

Sauf que cette tendance à tirer toujours vers le bas l’auditoire, à jouer avec les vieux démons du séparatisme et du régionalisme, de la haine religieuse et culturelle, on risque d’aller trop loin. Est-ce le but recherché par ces gens ? Je me le demande.

Le phénomène des polémiques n’est pas proprement algérien, mais vous dites que l’histoire est prise en otage par le politique. Comment l’expliquez-vous ?

L’histoire de manière générale est toujours interrogée par les hommes et les femmes du présent, ils ne lui posent que les questions qui engagent leur avenir. Forcément, elle est donc toujours l’objet d’un savoir provisoire et jamais unanime, parce que les intérêts, les idéologies, les sensibilités sont tellement divers et multiples dans une société et qu’une société est toujours en évolution. Ces questionnements amènent au renouvellement des sources, des méthodes et des champs d’investigation.

Pour toutes ces raisons, comme vous le soulignez dans votre question, les polémiques autour de l’histoire existent partout, sauf que chez nous, elle a été prise en otage dès 1962 (on peut même avancer que cela remonte à la naissance du Mouvement nationaliste). Elle est instrumentalisée comme rhétorique légitimant le pouvoir politique, présenté comme une émanation d’une nation arabo-musulmane intemporelle.

Faute d’asservir les historiens, on a dépouillé les institutions de recherches et d’études des moyens de leur liberté. Alors forcément, le débat historique devient politique, parce qu’il interroge cette légitimation et les institutions où sont produits ces discours. Enfin, comme toute histoire est forcément la reconstitution de la vie politique des nations, interroger le passé n’est-ce pas chercher à en tirer un avantage politique dans le présent ?


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